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 La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)

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Rose Noire de Barcelone
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Rose Noire de Barcelone

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MessageSujet: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyVen 24 Juil 2015 - 18:50

Et voici le début de ce que j'ai écrit. Un récit durant les guerres de religion (plus précisément ça débute en 1572). 

Prologue :


Montsoreau, Anjou, France
3 janvier 1572, vers les 8h


            Un air de fraîcheur soufflait dans les rares frondaisons verdoyantes, bordant le château du comte Thierry. Au pied des imposants remparts de la forteresse, une jeune femme auburn d’environ dix-neuf ans en robe de velours turquoise, observait, tristement, un coffre oblong descendre dans la terre. Ces yeux d’un bleu délavé allaient, sinistrement de la tombe aux hauts des remparts, où se tenait un grand jeune homme blond au regard émeraude dans un pourpoint blanc brodé de fils d’or et d’argent.
            Son regard exprimait, malgré lui, la compassion, qu’il ressentait pour la nièce de son suzerain le marquis de Sorren.  Esther Varella croisa les regards de cet inconnu, qu’elle supposait être Maximilien, le fils du comte. Cependant, elle détourna la tête aussitôt, comme si elle ressentait une gêne à ce simple échange visuel.
            Maximilien de Montsoreau délaissa son rempart pour se rendre auprès de la marquise.
            « Veuillez accepter mes sincères condoléances, Madame, murmura-t-il.
            -Je vous sais gré de votre sollicitude, vicomte, répondit, froidement, l’aristocrate protestante, s’obligeant à ne pas croiser de nouveaux le regard du Catholique. Cette réponse distance et conventionnelle étonna l’héritier du comté, qui ne sut que répondre.
            -Je ne sais, marquise, ce que j’ai pu faire qui vous a offensé. Mais je vous assure que c’était nullement mon intention, reprit-t-il, ayant retrouvé la parole.
            -Vous êtes plus au fait que vous ne le laissez paraître, Monsieur, répliqua Esther, sur le même ton ».
            Maximilien regarda un instant la jeune femme s’éloigner, après qu’elle se fut excusée d’un ton qui lui parut inexpressif.
           
*
           
Montsoreau, Anjou, France
Le 24 Août 1572, en pleine nuit




 
            « La France n’est plus sûre pour vous, dit à voix basse Maximilien. Vous devrez traverser la Manche, ajouta-t-il.
            Du haut de son pur-sang andalou gris clair, Esther de Sorren regarda le futur comte dans les yeux. Dans ses pupilles, elle revoyait cette nuit où elle avait perdue toute sa famille, où elle avait failli perdre la vie. Elle mettait en balance ce qu’elle avait perdu avec ce qu’elle avait gagné. Un titre ne pourrait jamais… Le fil de ses pensées s’interrompit de lui-même et elle déclara :
            -Pas plus que pour vous, si l’on vient à savoir que vous aidez une réformée. On vous croirait compromis, sans même chercher une seule raison à votre geste.
            Malgré les efforts qu’elle faisait, sa voix tremblait.
            -Personne n’osera porter la main sur le fils du Maréchal de France. Mais, en ce qui vous concerne, je préférais vous savoir en sécurité. Qui plus est, quand mon honneur courrait danger, je ne serais pas en reste pour le défendre, répliqua-t-il, portant sa main à sa rapière à la Pappenheim (1).
            -Monsieur, ce que vous prétendez-là montre combien vous ne savez rien de moi. Cette suffisance que vous affichez…
            -C’est comme cela que vous remerciez, Madame ?! Ne me devez-vous pas la vie ?! s’emporta le vicomte.
            -Et pour cela, je vous serais éternellement obligée ».
            Le silence s’était maintenant installé entre eux. Aucun d’eux ne chercha à le briser. La marquise se détourna de son interlocuteur, en partant à brides abattues. Maximilien la suivit, quelques instants des yeux puis, il resta a contempler l’horizon désormais vide, dans lequel il avait vu s’éloigner Esther comme si elle n’avait été qu’une vision. Il tombe à genoux, semble chercher sa respiration ou des mots.
            « Esther ! »
            Son appel résonne dans la nuit. De réponse, il ne reçoit qu’un écho affaibli. Désemparé, il ne peut que rester là, attendant qu’elle fasse demi-tour, tout en sachant que c’était peu probable. En une nuit, il l’avait sauvée et perdue parce qu’il n’avait su taire son arrogance.  
            Quel inconscient, il avait été ! Pourquoi croire que… Il n’avait aucune raison de croire quelque chose. Un Catholique, une Protestante ; comment pouvait-il imaginer qu’ils auraient eu un avenir ensemble ?!
            Des larmes amères inondaient ses joues. Il ne prenait pas la peine de les essuyer ; avec cette obscurité, personne ne le verrait ; il ne courrait pas le risque de se voir accuser de faiblesse. De plus, il était seul. Voilà une situation commode !
            La nuit se faisait de plus en plus épaisse. Le froid de plus en plus mordant. Mais Esther avait tourné les talons pour de bon. Maximilien se dirigea alors vers les écuries de son château, sella son étalon, sans prendre la peine de faire appeler un palefrenier puis il galopa à travers la couverture nocturne, suivant son instinct plus qu’une réelle direction. Avait-il l’espoir de retrouvé la trace de la jeune Religionnaire ? Il n’aurait su dire s’il le souhaitait plus qu’il ne l’espérait. Il avait, cependant, acquis la certitude qu’il ne resterait pas en Anjou sans tenter de retrouver la fugitive.
            Il arriva à la croisée des chemins. Il descendit, apercevant un relai de poste, pour laisser sa monture prendre du repos. Pendant ce temps, il devait faire les alentours des villages à pieds pour s’enquérir de la piste de la belle catalano-française.
            Un pressentiment le glaça, lorsqu’il mit les pieds dans une haute bâtisse en ruines, qui avait presque entièrement été désertée par ses habitants.
            « Y-a-t-il âme qui vive ? ».
            Aucune voix ne se manifeste. Maximilien avance, tout en réitérant sa question.
TBC



1 Autrement appelée « rapière à garde allemande »


Dernière édition par Rose Noire de Barcelone le Mer 29 Juil 2015 - 12:31, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyDim 26 Juil 2015 - 21:20

Chapitre I : Dans un bain de sang



France
Plutôt ce même soir
 
            Tous les coins de la France connaissaient des luttes fratricides, qui faisaient couler le liquide pourpre dans toutes les venelles, idéaux emplacements pour tendre des embuscades.
            Des corps, jonchant les pavés. Sous une soutane cachant son visage, une silhouette fuyait la bâtisse en flammes dans laquelle elle se trouvait. Parmi ses cadavres, son sang se glaça quand elle reconnu des visages familiers. Aucun cri de rage ne sorti de sa gorge mais ses traits se déformèrent imperceptiblement sous l’effet du désir de vengeance.
            « Révérend ! appela un homme sorti d’un coin obscur, ayant ses doutes sur cette appellation.
            Il sorti de l’ombre, dégainant.
            -Que me voulez ? demanda le mystérieux prêtre.
            -Ennemi de la vraie foi ! cracha l’inconnu, se jetant, rapière à taza, à la main, sur son interlocuteur.
            L’individu masqué fit un écart, pour éviter la lame, et, en une roulade dégaina sa rapière à garde italienne. En ce geste, sa soutane tomba et révéla un jeune visage sur lequel se lisait une sorte d’anxiété. Devant lui, se tenait Esther de Sorren, portant un habit masculin.
            -Une femme ! lâcha-t-il, sur un ton méprisant ».
            La marquise ne répondit rien, et, se fendit, et barra le chemin de la lame de son opposant, qui avait fendu les airs dans la direction de son bras droit. Dans un entrechoc de fer, ils reculaient vers un escalier. Esther eut à peine le temps de se retourner pour apercevoir Maximilien qui se tenait, sur la plus haute marche, arme aux poings. Les pieds de la jeune femme heurte un autre corps, elle chancelle et tombe au sol , sur le dos. Son adversaire en profite pour l’attaquer ; elle bloque la lame in extremis et lui balance un coup de bottes dans les mains, faisant voler son arme, qui retombe à quelques centimètres de lui. Elle se relève, avant qu’il ne l’atteigne et pose son pied, sur la lame. L’homme réplique, en récupérant la lame sous son pied. Elle perd son équilibre, la lame de son adversaire s’approche, dangereusement, de sa nuque. Maximilien tente un geste vers elle.
            « Ne faites rien ! Je ne veux pas devoir ma vie à un ennemi de ma foi ! rage-t-elle.
            -Votre honneur y survira, je vous l’assure !
            -Et le votre, Monsieur ?
            -Le mien importe peu quand votre vie est en jeu, rétorque-t-il.
            Une lame que l’on tire de son fourreau se fait entendre.
            Elle se relève, difficilement et écarte la lame à la main. Esther retint un cri de douleur, quand la lame entame sa chair. Sa lame mord l’avant-bras de son adversaire. Celui-ci réplique avec plus de rage, des coups plus serrés. Maximilien s’interpose.
            -Rengainez, Bellecourt ! Ne m’obligez pas à vous provoquez en duel !
            -Vous ! 
            L’étonnement fit lâcher son arme à Esther de Sorren. Bellecourt profite de la situation. Sa lame déchire la délicate soie blanche du pourpoint. Maximilien croise le fer avec son subordonné, malgré lui ; raccourcit son arme. Bellecourt l’écarte, d’un coup de pied. Il retourne son arme contre la jeune femme, l’assommant avec sa garde.
            Son regard se dirige vers Maximilien, qui lit la détresse dans les saphirs de la Protestante. Les braises qui y luisaient sur le point de s’éteindre le touchent profondément au cœur, d’un trait invisible, mais non moins puissante.  Il ne supporte de s’y perdre. Elle voit sa vie s’échapper dans un bain de sang, celui de ses coreligionnaires, de ses proches, persécutés pour leur foi par d’autres hommes de même confession que celui qui se précipite pour la sauver.
            -Assassin !
            Il se rue sur son homme de mains. Il plonge son fer dans le buste de Bellecourt. Ce dernier en a le souffle coupé.
            -Vous ne vous en sortirez pas comme ça, vicomte. J’en fais le serment.
            -Allez en enfer, Bellecourt ! 
            Maximilien est à quelques centimètre d’elle, alors que le feu de forêt à gagner le village où il se trouve. Elle n’a pas la force de le repousser. Une vision trouble. Elle aperçoit presque plus le futur comte qui lui prend dans ses bras, au milieu des flammes avides.
            -Je… commence-t-elle.
            -Non, gardez le silence, je vous prie, répondit-il ».
            Ses joues sont humides. D’un geste de la main, il écarte le début des larmes qui coulent, mouillant sa barbichette blonde. Esther, pâmée, dans ses bras, il se dirige vers la sortie du village, là où l’attend sa monture. Il allonge la jeune femme, en travers de la selle. Et il part au galop dans la nuit, aussi obscure que ses craintes. Il est devenu un renégat à sa Religion, celle de ses ancêtres mais il n’est nullement concerné par cela ; seule la vie de la marquise lui importe. Et il est le sur le point de la perdre…
« Dieu me vienne en aide, implore-t-il, levant son regard vers le ciel, comme s’il attendait un signe, un signal ou une aide ».
            Il réitère sa prière, silencieusement. Les murailles de son château émergent de la brume.
            « Maximilien de Chambes, vicomte de Montsoreau et Esther Varella, marquise de Sorren, annonce-t-il au garde en garde en faction.
            -Il n’y a pas place pour les parpaillots, dans ce château vous êtes bien placé pour le savoir, Monsieur ! renvoie-t-il.
            -Devant la mort, les différences de Religion ne tiennent pas, tente Maximilien.
            -Si cette jeune femme doit mourir, laissez-là aux pieds des murailles ! ».
            Le vicomte reste muet. Il force la porte d’entrée du château, en laissant son cheval ruer contre la lourde porte en bois de cèdre, qui cède sous les coups.
TBC 

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyMer 29 Juil 2015 - 22:30

Et le chapitre suivant

Chapitre II : Sans frontière 


Quelque part en France
Le 24 Août 1572, pendant la nuit
 
            Le gong. Le signal d’un massacre, qui se répand dans tout le royaume, tel une traînée de poudre. La nuit de la Saint-Barthélemy sonnait l'extermination massive des Protestants. Esther n’avait que peu d’espoir de sauver sa vie ; d’échapper à ses hommes, qui l’avaient déjà violentée.
            Dans l’obscure nuit, la soldatesque catholique s’introduisait dans les demeures protestantes et massacrait ses habitants, sans distinction de sexe, ni d’âge. A chaque pas qu’elle faisait, les corps s’entassaient sur les charniers, avant d’être déversés dans la fosse commune. Pour des vies prises, combien avaient été épargnées ?
            On s’introduit subrepticement dans son dos et une dague se plante d’elle-même entre les omoplates de la marquise.
*
 
Une forêt d’Anjou, France
Le 25 Août 1572, au matin
 
Au réveil, la marquise de Sorren se retrouva dans une forêt angevine, qu’elle connaissait pour y avoir chassé de temps en temps. En sueur, elle se releva subitement. Ce mouvement dénude son épaule droite, révélant une fleur de lys, qu’un fer rouge lui avait imprimée, deux ans auparavant.
« Vous ne craigniez rien, lui murmure une voix inconnue.
La stupeur la rend muette. Elle se précipite sur la besace sur laquelle figure le blason aux couronnes des roses noires – les armes de sa famille – pendue à sa selle. Après avoir caché la marque, en réajustant son pourpoint, Esther se saisit du loup de soie noir, qui s’y trouvait et le dissimula ses délicats traits sous celui-ci.
-Montrez-vous !
-Je crains de ne pouvoir vous obéir… On m’a envoyé vous protéger mais je ne peux et ne dois, en aucun cas, vous laisser avoir connaissance de mon identité. Les conséquences en seraient…
-Je ne tolère pas de protecteur dont je ne connais pas l’identité, le coupa-t-elle. Ayez donc la bonté, Monsieur, de vouloir disposer. Qui plus est, je crois être en état de me défendre moi-même, continua la marquise.
L’inconnu partit d’un rire, qui résonna dans toute la section de la forêt, où ils se trouvaient.
-Vous êtes en bonne voie de tâter du fil de ma rapière, Monsieur ».
 
 *
Un village, prés de Montsoreau, Anjou, France
Le 24 Août 1572, en pleine nuit
 
            « Y-a-t-il âme qui vive ?
            La question du vicomte resta suspendue dans les airs, quelques instants, avant qu’un jeune homme ne murmure, en provenance, d’une des ruines :
            -Qui que vous soyez, Ange ou démon, humain ou être surnaturel, je vous prie de bien vouloir m’accordez votre aide. Accordez votre aide à un homme mourant… »
            L’appel de l’inconnu l’émut et il lui accorda son aide, presque sans se poser de question. Après une discussion, il apprit que cet homme se nommait Daniel Serre et était le forgeron de ce petit village. Tous les habitants avaient été massacrés, pendant une descente des gardes royaux, sur la seule foi d’un homme qui avait affirmé que ce village avait accueillit Esther de Sorren.
            Maximilien se troubla, à peine, en entendant évoquer la jeune marquise.
            « Cette information a-t-elle été vérifiée ? demanda-t-il.
            -C’est exact ceci lui appartenait, répondit-il en tendant un gant de fauconnier. On m’a dit qu’il fallait que vous le preniez, ajouta-t-il.
            -Vous en a-t-on donné la raison ? interrogea-t-il, prenant le gant et l’attachant à sa selle. Il s’obligea à rester de marbre ce gant de cuir lui rappelait tant de souvenirs. Il ne pouvait ne s’empêcher de se demander pourquoi elle avait abandonné un seul gant. Soudain, il se souvient qu’elle avait été gravement blessée à l’une des mains durant le massacre. Mais pourquoi lui donner l’autre ? Il ne comprenait pas. C’était comme un lien vers un monde où il n’avait pas de frontière, comme si Esther se trouvait, ici à ses côtés.
            -Je crois que malgré les dires de la marquise, elle veut que vous la retrouviez. Ce ne sais pas ce qui s’est passé entre vous mais ça n’a ne me concerne pas. Je ne veux rien en savoir, dit-il d’un ton, qui incitait le vicomte à clore la conversation ».
            Celui-ci remercia le forgeron d’un signe de la tête, et, reparti, après guidé Daniel vers un endroit sûr, que le villageois connaissait.
TBC 

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyVen 31 Juil 2015 - 21:02

Voici la suite de cette histoire. Une bonne lecture à vous! 
Chapitre III: D'une autre vie 
Une forêt angevine, France
Le 25 Août 1572, au matin
 
L’homme sortit de l’ombre et fit face à la jeune femme.
« Inconnu, dites vous-vous ? Non, dans une autre vie, notre route s’est croisée, Madame. A cette époque, vos étiez la fiancée de mon maître, le duc ; vous étiez la mère de son héritier mort-né. Voyez-donc, je vous connais. Je sais qui vous  êtes; je sais ce que vous êtes.
A ces mots, Esther Varella sentit la flétrissure sur son épaule droite la brûler et jeta un coup d’œil sur son épaule fleurdelysée. Elle revit un colosse encapuchonné de noir la marquer à vie ; elle sentit de nouveau le fer rouge lui brûler la peau et les solides cordes de chanvre lui scier les poignets ; elle entendait de nouveau ses cris de douleur, face à une foule qui exultait ; et pour finir, elle se revoyait tomber en pâmoison.
-Si vous le savez,  le duc a dû certainement vous laisser des ordres pour que vous m’exécutiez.
-Non. Certes, le duc veut toujours votre mort mais les circonstances ayant changées, il veut surtout que je vous protège, vous, sa rose noire.
Une amertume certaine et un désir de vengeance l’empêchaient de savourer l’ironie du sort, qui voulait que son ancien bourreau soit devenu son garde du corps. Plutôt mourir ou accepter la protection d’un Catholique, qu’elle connaissait à peine, que de laisser cet homme, qui l’avait condamnée, en marge de la loi, qui l’avait même violentée, faire un autre pas dans sa direction.
-Etant donné le lourd passif entre nous, vous comprendrez, Monsieur, que je ne peux tolérer que vous me protégiez, que vous ayez reçu cet ordre du duc ou non, lui renvoya-t-elle sur un ton peu aimable.
-Quoi qu’il m’en coûte, je compte bien obéir aux ordres du duc, Madame.
-Vous ne pourrez pas m’y forcer…
-Sans moi, vous êtes morte.
-Cela vaut sans doute mieux que de souffrir votre offensante présence.
-Cette outrecuidance ne saurait être de mise. A tout le moins,  elle ne vous sied guère. Un seul mot de moi et le cours de vos jours sera impitoyablement tranché par celui dont vous avez sali la réputation.
-Vous n’êtes que l’exécutant de ses basses œuvres, je ne crois pas que vous eussiez tant de crédit auprès de lui ».
L’homme masqué trembla sous les coups de l’insulte mais il prit, difficilement, sur lui pour ne pas y répondre, affichant une indifférence si feinte qu’elle n’eut pas l’effet escompté.
« Ces palabres ! », pensa en elle la bretteuse.
A son baudrier, sa lame fourmillait d’envie d’être dégainée. Elle avait envie de trouver n’importe quel prétexte pour envoyer ad patres cet homme et tirer sa vengeance. Mais, avant elle avait envie de faire payer Maximilien pour sa trahison, raison pour laquelle elle ne pouvait se résoudre à embarquer pour l’Angleterre et elle avait abandonné de plein gré l’un de ses gants de fauconnier, par trop reconnaissables.
Le silence en profita pour s’installer entre eux. Elle ne chercha pas à le briser, le trouvant confortable, plus confortable que de devoir étaler les détails de sa vie, qui lui était restés inconnus, devant cet homme qui ne connaissait que trop son passé et pouvait s’en servir, à tous moments, comme de la pire arme qui fut.
On dit que certains silences sont plus éloquents que des paroles. Esther de Sorren veilla donc à garder sous son masque d’ornement des traits de marbre – car son interlocuteur connaissait déjà son identité, son passé ; ce qu’elle avait tenté de garder secret, en venant en France était sur le point d’exploser – elle le sentait- si elle n’acceptait pas l’ordre, à peine déguiser en proposition – de ce fiancé.
« J’agrée votre requête, dit-elle, entre ses dents. Mais laissez-moi y ajouter une condition : ne mêler personne d’autre à ces affaires ; il est inutile que notre passé soit révélé à tout venant, ajouta-t-elle.
-Il n’était pas de mon attention de lever le voile sur ce que  vous chercher à protéger, Madame. En revanche, je l’aurais fait si vous aviez persisté dans votre refus. Cependant, si vous deviez bafoué les termes de notre accord, sachez que je me ferais un plaisir de divulguer ce que je sais sur vous, sur nous, sur…
Ici, le tortionnaire suspendit sa phrase, lisant la haine, qu’il voulait dans les émeraudes de celle qui fut sa victime. Digne malgré tout, Esther lui faisait face, l’affrontait du regard comme elle n’avait su faire en place de Grève. Un passé qui rattrape ne pardonne jamais ; elle le savait, elle savait que son destin était scellé et rien n’y ferait. S’y opposer n’aurait pour effet que de le hâter. Comme pour se rassurer, elle serre les poings sur la garde de sa rapière.
Elle se sent pigée ; elle lit dans le regard de cet homme que, certes, il avait suivit les ordres de son seigneur et maître mais qu’il l’avait traquée pour des raisons toutes personnelles. Elle se retint de tomber à genoux et de lui cracher à la face : « Ne m’avez donc pas assez fait payer de l’erreur d’avoir été trop dévouée à une mère déshonorée, qui a finit par se donner la mort dans mes bras plutôt que de vivre cette infamie plus longtemps ?! ». Ses yeux étaient de braise. Cette braise, qui, aux yeux de la plupart des hommes la rendait si femme fatale. Mais, ici, dans cette forêt, devant cet homme, elle se sentait si peu maîtresse de ses charmes ; elle sentait tout s’écrouler autour d’elle, elle se sentait prête à lâcher prise.


TBC 

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Dernière édition par Rose Noire de Barcelone le Sam 23 Jan 2016 - 18:46, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyVen 14 Aoû 2015 - 20:52

Et voici la suite. Je m'excuse d'avance des archaïsmes qu'ils peut y avoir dans ce chapitre, surtout dans l'orthographe car dans la partie lettre, mon parti pris m'oblige a rester le plus proche possible de l'authenticité Bonne lecture, tout de même!


Chapitre IV : A la Rose d'Anjou

L’Auberge des Trois Lys, prés d’Anger, Anjou, France
Le 30 Août 1573, fin d’après-midi




            Plus d’une année pleine avait coulé depuis cette nuit où Maximilien de Montsoreau avait sauvé la vie de la marquise de Sorren, contre son gré.  Son ancien bourreau n’avait pas quitté un seul instant la jeune femme, malgré ses vives protestations.
            « Un certain vicomte de Montsoreau m’a remis cette lettre pour vous, Madame, annonça l’homme en noir. Serait-il de vos connaissances ? enchaîna-t-il, lui tendant la missive ainsi que le gant de fauconnier.
            -C’est exact, répondit Esther, prenant les effets que lui donnait son ex-bourreau ».
            La marquise se plongea dans la lettre, ainsi libellée :
 
A la Rose d’Anjou, avec mes plus profonds hommages.
 
 Madame,
 
J’ay conscience d’avoir eu malheur de vous desplaire et à ce penser, je ne sauroy vous dire combien mon cœur se sent de traits percé. Depuis que vos mespries sont seules choses que vous condescendiez de m’accorder, mon esprit pleure et il semble qu’un orage de sang s’abat sur moy, comme en deuil de ces regards qui avaient su mes respectueux sentiments attiser, en ce jour, près des rempars de Monte Sorello – mon apanage, le vostre, sy vous l’acceptez. Que vos bontés aillent jusques à pardonner l’insolence et l’arrogance d’un Catholique, me paraît illusion, quand bien même cela reste mon espérance la plus tenace. Laissez-moy prendre licence avec les conventions pour vous conjurez de ne point laisser un simple différent religieux s’immiscer entre nous, sans pour autant m’en blâmer. Je ne seroy que trop heureux sy vous daigniez lire ces lignes mais, quand j’auroy l’heur d’avoir l’assurance que cette imprudente lettre fusse réduite en cendres, mon esprit sera apaisé des craintes, qui l’assaillent sans cesse depuis votre précipité dépar.
 
J’abandonne à vos pieds cette suffisance, qui semblait, lors de notre dernière entrevue, tant vous irriter, tout en éprouvant un certain soulagement mêlé de regrets. Faites en ce que bon vous semblera, en ce qui me concerne, je tenteray de m’en tenir à ce qui fu toujour devise de ma famille « Je le feray ». J’oseray, en outre, une foy de plus, vous prier d’accepter ma protection ; car je vous sens en grand danger. Je pense assez vous connaître pour savoir que vous n’abandonneriez pas volontairement l’un de vos gants de fauconnier, sans raison précise ; que dans le même temps, vos efforts pour n’estre descouverte pas semblent suspects.
 
 
Si cette lettre vous parvint, ne la mépriser pas ; c’est là la dernière requête que j’ay front de vous adresser. Pour avoir esté écrite par un ennemy de votre foy, elle n’en a pas moins de valeur et n’en exprime pas moins des sentiments sincères, que j’ay en vain tenter de dissimuler au jour. Vous pouvez me croire indigne de votre considération, indigne de vous, qu’ils resteront les mêmes. S’ils vous importunent, je les tairay, à regrets. Au cas contraire, je puis espérer, sans offenser qui que ce fut, que vous m’accorderez une response.
 
 
 
 
Je suy, Madame, plus que jamais, votre desvoué serviteur,
Maximilien de Chambes, vicomte de Montsoreau
 
 
Escrite le 27 Août 1573 – treizième année du règne de Charles Neuvième- en l’auberge des Trois Lys, dans le domaine du M. le Duc d’Anjou, frère de Sa Majesté Roy de France.
 
            A cette lecture, des sentiments contradictoires l’assaillirent, si bien qu’elle ne sut quel fut son ressenti général. Subitement, elle se sentit suffoquer et défaillir dans sa robe corail. Au contact du cuir familier, elle se pâma.
           
*




Une chambre à l’auberge des Trois Lys, vers Anger, Anjou, France
Le 27 Août 1573, le soir tombant




 
            Esther avait réduit en cendres la missive, comme le lui avait demandé le vicomte, quand le bourreau fit son entrée.
            « Les rumeurs vont bon train concernant le vicomte de Montsoreau et vous.
            -Laissez-les courir ; la moitié d’entre elles ne sont que calomnies !
            -Si vous confirmer les autres…
            Le bourreau, croisant le regard de la marquise, s’interrompit de son propre chef. Changeant de ton, il reprit, ne pouvant contenir son ire :
            -Vous oublier au point de laisser voire vos sentiments pour un homme que vous considérez comme hérétique ! Quand vous penseriez le nier, votre pâmoison dernière en fait foi !
            -Vous ne savez donc que Monsieur le vicomte a prit des risques pour me sauver, allant jusqu’à se battre en duel avec l’un de ses hommes ! Manifestement, si vous me connaissez assez pour savoir le genre de vie, que, jadis, je menais, vous ignorez tout ou partie de l’ambiguïté de ce statut, de ma vie antérieure à ma rencontre avec le duc, s’emporta l’héritière des Sorren.
            Esther s’interrompit d’elle-même, anxieuse d’en dire trop sur son passé ou que le bourreau ne se mette à poser trop de questions.
            -En outre, vous vous êtes engagé à ne point mêlé un autre à notre accord.
            -Je suis dans mon droit ; vous amenez cet homme vers nous, vous prenez le risque qu’il  n’en apprenne trop sur nous, sur vous, sur que vous essayer de dissimuler ! ».

TBC 

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptySam 5 Sep 2015 - 17:16

Et voici la suite de cette histoire. Et désolée pour l'attente; j'espère que le chapitre en vaut le coup. Bonne lecture.

Chapitre V : Enferrée dans un  passé 


Le château d’Hever, Kent, Angleterre
Le 30 septembre 1573, le soir tombant


 
            Malgré les protestations de son « protecteur », Esther avait porté la rivière de diamants, que lui avait offerte le duc, pour le bal donné par le baron d’Hever, gentilhomme qui les hébergeait depuis leur arrivée en Angleterre.
           « Porter telle parure est un moyen sûr de vous faire remarquer, Milady… Inutile de vous enferrer dans votre passé, de vous exposer volontairement. Dois-je vous rappeler qu’ici la moitié des convives vous connaisse avait murmuré le bourreau.
            -Le passé est mort. En outre, j’y suis déjà enferrée, quelque soit ma décision ; l’être un peu plus ou un peu moins, la belle affaire ! répliqua, brutalement, la jeune femme.
            Ce fut le moment qu’un importun, dans son pourpoint écarlate à crevées d’argent et d’or, choisit pour se glisser dans la discussion.
            -M’accorderez-vous cette danse, Madame? demanda-t-il, en une révérence de bienséance.
            Si Esther n’avait pas regardé l’homme dans les yeux, par peur d’être reconnue, les inflexions de sa voix l’avait fait pâlir sous son masque. Le gentilhomme ne manqua pas de remarquer.
            -Seriez-vous indisposée ?
            -Nullement. Elle ne s’attendait pas a votre arrivée ici, Monseigneur, intervint l’ex-bourreau, parlant pour la marquise.
            -Monsieur, je ne crois avoir l’honneur de connaître la charmante jeune femme, qui vous accompagne, reprit le vicomte de Montsoreau.
            -Julia Valdez d’Ars, duchesse de Kensington.
Esther retint un cri de rage d’avoir été à moitié-trahie par l’homme, qui avait juré de ne rien révéler de son passé. Elle vit un mauvais sourire, à peine perceptible se dessiner sur les lèvres de son compagnon.
-Duchesse, la salua le vicomte, s’inclinant de nouveau.
Esther garda le silence. Ne voulant pas s’exposer à ce que le seigneur de Montsoreau ne la reconnaisse mais elle n’avait pas le choix.
-Vicomte. Je crains que nous devrions remettre le plaisir de nous connaître à plus tard, répondit-elle, cherchant des yeux la sortie.
-Il est inutile. A présent, je sais que nous nous connaissons, Madame. Vos inflexions ressemblent étrangement à celles de la marquise de Sorren.
-Vous devez faire erreur, Monsieur le vicomte.
-En tant que Protestante, vous ne craignez rien dans un pays réformé alors pourquoi vous cacher sous un masque, Esther ? Si vous ne voulez ne pas être trouvée, pourquoi laisser derrière vous de trop clairs indices, pourquoi porter une parue aussi aisément reconnaissable que votre rivière de diamants ?
Le regard du jeune homme se fit inquisiteur, ce qui mit presque mal à l’aise la fugitive. Elle tourna son regard, accusateur, vers la place où se tenait l’ex-bourreau mais il avait profité de l’inattention d’Esther, qui discutait avec Maximilien, pour s’enfuir.
-Quelques que fussent mes motivations, Monsieur, je ne vous crois pas en droit de me les demander.
-Et vous avez le droit de me les refuser. Mais, n’essayez pas de cacher ce qui est évident aux yeux de tous, Julia, Esther –peu me chaud comme vous vous faites appeler.
-Il suffit. Etes-vous venu ici pour me retrouver ou me faire procès pour une raison, que j’ignore ?! s’emporta la marquise.
-Il est une information, que je devais vous délivrez de la part d’un homme, que vous avez connu.
-Et qu’elle est-elle, je vous prie ? répondit Esther, se radoucissant subitement.
-Vous excuserez le peu de diligence, que je mets à vous livrer cette information, Milady. Mais il se trouve que je suis concerné au premier chef par celle-ci puisque…puisque l’homme, que vous recherchez pour le meurtre de Monsieur votre père m’est proche, aussi proche qu’un fils peut l’être d’un père, qu’il a peine connu.
La révélation laissa Esther sans parole, pendant un long moment.
-Croyez bien, Madame, que je suis désolé d’avoir à vous apprendre une telle nouvelle…
-Je vous en prie. Je ne saurais souffrir d’entendre un seul mot de plus depuis votre bouche de traître !
Ces mots étaient tombés, impitoyables. Maximilien était, seul, face à la femme, dont la vie avait été ruinée par une main, qui lui était chère, et il ne savait comment il aurait pu apaiser la tempête, qui grondait, dans le cœur de la marquise. Il savait que rien de ce qu’il pourrait dire ne saurait être puissant pour lui faire oublier ce sentiment de vengeance, qui l’animait à l’encontre de la famille de Chambes. Il se savait impuissant à quoi que ce fut.
Aucun mot ne trouvait le chemin de la sortie de sa gorge, si ce n’était des excuses, qu’il ne pouvait que bredouiller et qu’il se voyait refuser.
-Vous m’en rendrez raison, Monsieur ! lança Esther, se sachant, au fond d’elle incapable de tirer l’épée contre l’homme, qui lui avait sauvé la vie. Dans ses yeux, au-delà du masque, Maximilien pouvait le lire.
-Quand vous en trouverez la force, je suis à votre disposition, ma chère.
-Je vous serais reconnaissante de ne point me railler. L’offense dépasse la confiance, l’amitié, les sentiments, que j’ai jamais pu éprouver à votre égard, vicomte. Ce jour, où la lame de Monsieur le comte de Montsoreau à fait de ma vie un enfer de vengeance ne peut s’effacer que dans son sang ou le vôtre ».
Maximilien se sentait prés à offrir sa vie pour épargner celle de son père, s’il ne s’était agit de croiser le fer avec celle, qu’il avait sauvé ; avec celle, qu’il ne pouvait s’enlever de l’esprit ; avec celle, qui avait été pour lui une sœur et plus.

TBC 

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyDim 27 Sep 2015 - 21:53

Voici la suite. Je m'excuse, encore une fois de l'attente. En espérant que ce chapitre vous  plaira.

Chapitre VI : Par les armes; partie I : Cartel

Le patio du château d’Hever, Kent, Angleterre
Le 31  septembre 1573, vers les 19 heures

       Un voile d’un dégradé pourpré tombait sur les eaux endormies du lac, qui complétait l’ornement du patio du château d’Hever. Sous ce dais improvisé, la marquise de Sorren tentait de trouver réponse au mal de l’incertitude, qui la rongeait, et au dilemme, qui ravageait son cœur.
            Des pas, résonnant dans le lointain, attira son attention. Alors, qu’elle croyait voir se profiler, dans le lointain, la silhouette du vicomte, elle vit se présenté à elle son ex-bourreau. Elle porta ma à son baudrier, prête à dégainer.
            « N’y pensez même pas, duchesse. Ce mouvement signifie la perte de votre querelle. Faites-vous donc si peu de compte des édits interdisant au sexe(1) de se battre en duel que vous les braver ? Laissez-moi porter votre querelle devant instance compétente ou laissez-moi me faire instrument de la réparation, que vous réclamez, intervint l’homme en noir, sur un ton presque atone.
            -Vous outrepassez vos droits, Monsieur ! Votre mission, notre accord vous autorisait à me protéger mais pas à vous proposer de vider une querelle, à laquelle vous n’avez part, par les armes ! s’insurgea Esther.
            -Qu’avez-vous donc peur de la main, qui ne demande qu’à vous servir et à venger votre offense ?
            -Il n’est plus légitime crainte que la mienne, Monsieur. Quels motifs peuvent être si puissants qu’ils poussent celui, qui fut mon bourreau, à me protéger et se proposer de me venger, quand le même homme, pas moins de vingt-quatre  heures plutôt me vend aux yeux de ceux, qui ne connaissent trop le genre de vie, que j’ai mené jadis ?
            -Est-ce à vous de me blâmer pour cela, Julia ?! Vous avez choisi votre destin !
            -Qui vous autorise à prendre privautés à mon endroit ?! Sachez rester en votre place ! explosa la duchesse de Kensington. »
 

*

           

 Une foire, sur le domaine d’Hever, Kent, Angleterre
Le même jour, en début de matinée

A Maximilien de Chambes, vicomte de Montsoreau,
 

   Monseigneur,
 

    Faire sy peu de compte de mes respects pour vostre désintéressé acte, seroy me compter parmy gens de peu de foy. Cependant, je ne puy que vous renvoyé vostre généreuse proposition. Un passé, que vous ne devez jamais soupçonner, est un trop puissant mur entre nous deux.
Entre nous, se tiennent trop de sentiments inavoués,

Trop de cœurs blessés,

Profondément ou endeuillés.

 

Mon repos ne pourra estre et mon âme nulle transquilité,

Ne pourra goûter,

Tant que ces aveux, de vous resteront inconnus.

 

Au cœur, vous m’avez touchée,

Et, pour jamais, je pensais que de tels mots devaient estre tus.

 

Car, il y va de nostre honneur à tous deux

Que ce coupable aveu

 

Au jour,

N’éclate. 

 

 

Ce criminel Amour

 

 

Aurait dû d’inavoués

Sentiments rester.

 

Mais d’un simple regard, vous m’avez désarmée,

Et, d’une adroite flèche, si promptement, mon cœur embrasé.

 

   Ces obstacles, que vous ne devrez chercher à connaistre, Monsieur, sont infiniment plus importants que ce que vous nommé différent religieux. Quant à pardonner vostre attitude à mon endroit, je say sy la force me sera donnée de le fayre. Mais sachez qu’à présent, entre de criminels feux et une offense à vyder, seules les armes peuvent me fayre pencher d’un costé ou de l’autre. Mais ne me demandez pas de choysir.
     Connaistriez mes raisons, que vous changeriez de paroles, je puy vous l’assurer. En ce qui concerne votre proposition de protection, il fu un temps, où je l’auroy accueilli avec le plus grand playsir mais les circonstances se liguent contre vous, sans que je puisse fayre un geste pour les contrer. Au constraire, les soins de mon honneur me comandent de ne point fayre un geste envers celuy, qui a apparenté au meurtrier d’un être cher ; mais mon cœur se resvolte au penser de devoyr…
      Que cette lestre vous parvienne, est un de mes plus chers vœux. Cependant, je say que vostre naissance de gentilhomme et vos scrupules vous la feront dégainer. Mais, j’ose vous pryer de la prendre en considération. Pour être née sous la plume d’une femme, que vous sembler mespriser, elle n’en est pas moins un témoigne honneste de sentiments, que j’ai tenté en vain d’éteindre.
 

     La Rose d'Anjou;
     Esther Varella, marquise de Sorren
 

Escrite le 31 Août 1573 – treizième année du règne de Charles Neuvième- en l’auberge des Trois Lys, dans le domaine du M. le Duc d’Anjou, frère de Sa Majesté Roy de France.
 

            Entre deux échoppes, bordant la foire, Maximilien l’avait rattrapé et brandissait sous ses yeux la lettre, qu’elle lui avait lui envoyée un mois plus tôt.
            « Auriez-vous oublié quels sentiments sincères vous avez exprimé dans cette lettre, quels regards vous me jetiez au bal du baron d’Hever ? J’ai résisté à la tentation de répondre à cette lettre par de mêmes sentiments enflammés. Prenez garde que ma plume ne devienne une rapière et que je ne vous réponde à coups d’estoc mesurés, murmura-t-il, doucement.
            -Vous vous oubliez, vicomte ! Mais, quand vous voudriez régler cette querelle, qui nous oppose, je serais à votre disposition.
            -Bien. Votre lieu et votre heure ? continua-t-il, à regrets.
            -Dans le patio du château d’Hever, prés ce lac, que vous connaissez. Vers 19 heures 25.
            -Vos armes ?
            -La rapière. »
 

 

 
TBC
 

 

 

 




(1)Sous entendu « féminin », usage du mot au XVIème-XVIIème

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Dernière édition par Rose Noire de Barcelone le Lun 5 Oct 2015 - 16:02, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyVen 2 Oct 2015 - 21:27

Suite et fin de ce chapitre.


Chapitre VI : Par les armes ; partie II : Rencontre
 

Patio du château d’Hever, Kent, Angleterre
Le 31 Septembre 1573, 19h 25
 

            Son ex-bourreau planta son regard dans celui de la marquise, qui n’ajouta pas un seul mot et se mit en position. Sur ces entrefaites, arriva Maximilien de Montsoreau, escorté par un homme, dont l’allure parut si familière à Esther. Lorsque le noble mystérieux fit face à la jeune femme, il fut pris d’un malaise passager.
            « C’est impossible. Vous êtes morte sous mes yeux, je m’en suis assuré, personnellement.
            -A moins que vous n’ayez détourné le regard. Vous n’avez pu souffrir de voir le fer plonger dans le cœur de la femme, que vous aimez, répondit la duchesse, soutenant le regard de celui, à qui elle était encore liée par des liens sacrés. Quoi qu’ait pu être ma vie, quoi que je sois, vous avez encore des sentiments pour moi, Richard. Vous ne pouvez le nier. Sinon pourquoi envoyé un homme, que je hais, pour me protéger ? ajouta-t-elle.
            -Le passé est le passé. Il n’y a plus rien entre nous, Madame ! Quoi qu’il en soit, ce n’est nullement votre place que de prendre les armes. Laissez votre protecteur le faire à votre place ou ce duel sera tout bonnement considéré comme caduque, quel qu’en soit l’issue, j’en fais le serment ».
            Contre elle-même, l’héritière des Sorren recula, laissant l’homme masqué prendre sa place. Après les rituelles prémices du duel, les deux hommes se saluèrent, en s’inclinant, sous le regard des Kensington.
            « Je ne saurais croiser le fer contre un homme, qui cache ses traits, intervint, subitement, le vicomte de Montsoreau. Plonger ma lame dans le cœur d’un lâche, qui ne se veut se révéler au jour... 
            -Que vous vouliez connaître l’identité de celui, qui vous mettra à genoux devant celle, pour qui vous ne pouvez celer avec des sentiments, et de votre connaissance, peut se concevoir…, l’interrompit le bourreau, sans prendre conscience des mots, qu’il prononce, même se sachant observé par son victime ». 
            Maximilien de Chambes, ne tentant pas de discuter plus avant avec son adversaire, fondit sur lui, rapière et dague dégainées. L’homme en noir fit un  écart, pour éviter les deux armes, qui filaient en sa direction. Dégainant, à son tour, l’homme sans traits para, en un geste désespéré la rapière mais la dague entailla sa main gauche. Esther éprouva l’envie de détourner ses regards de la scène, ne pouvant supporter de voir sa revanche (1) lui échapper. Cependant, en son cœur, la mort du futur comte la révoltait.
            Leurs passes d’armes les faisaient de plus en plus reculer en direction de la fontaine, qui trônait, en milieu du patio. Faiblissant sous les coups assénés par le bourreau, Maximilien se sentait plier, prêt à se rendre et à donner sa vie. Il ne se donna pas la peine de parer le coup, que s’apprêtait à lui donner son ennemi. Acculé  à la fontaine, le dos adossé au rebord, il laissa tomber ses armes. Celui, qui se croyait vainqueur, en profita pour planter sa lame d’acier de Tolède dans l’épaule droite du seigneur de Monte Sorello (2).
            En un réflexe, la marquise se jeta, arme au poing, dans la mêlée.
            « Baissez les armes ! intima-t-elle au bourreau abasourdi. A vaincre un ennemi désarmé, aucune gloire ne pourra résulter, ajouta-t-elle.
            -Qui a laissé s’armer mon bras pour venger une juste querelle craindrait-il de le laisser son dû emporter ? Et, en outre, laisse voir des sentiments mal placés. Mon honneur répugne à trancher la trame d’une femme. Mais vous ne me laissez pas le choix, répliqua le duelliste drapé de noir, se fendant ».
            Esther jaugea celui, qui se tenait en face d’elle, étudiant la situation. Et, alors, un fer d’un éclat étrange siffle dans les airs et barre la lame du bourreau, bientôt rejoint par celle du vicomte. Pris en tenailles, l’individu encapuchonné se vit reculer, laissant le fer de la bretteuse se poser sur sa jugulaire. Il lut son hésitation dans ses yeux.
            « Prendre vie d’un misérable ne saurait en rien lavé mon honneur. Quelque affront, que vous ayez pu m’infliger, la mort est un châtiment trop doux pour le laver. Loin que de vous tirer tout honneur, votre trépas ne donnerait que plus d’honneur, lança-t-elle, rengaignant. »
            Contre attente de probabilité, elle ajouta, se tournant vers Maximilien :
            « Monsieur, accepter que cette main tendue vous offre de garder vie et d’effacer une querelle, qui me fut un fardeau, à pousser jusques à son terme. Couper les jours d’homme tel que vous eut été déshonneur. »
            La réaction de la Protestante surprit le fils du comte, qui sut quel mot employé pour manifester sa réponse. Et pourtant, il sembla clair qu’il acceptait cette proposition, quelques difficultés qu’il éprouvait à parler.
 

   TBC
 

      

         

 

 

 

 

 

 




[1] Ici, synonyme de « vengeance »
[2]Forme ancienne de Montsoreau

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Dernière édition par Rose Noire de Barcelone le Jeu 21 Jan 2016 - 18:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyMar 6 Oct 2015 - 19:58

Et voici la suite.

Chapitre VII : Renoncement





Patio du château d’Hever, Kent, Angleterre


Le 30 septembre 1573, 19h 30


 



            Pendant quelques cinq minutes, le futur comte était resté muet, obligeant la jeune femme, quand ils se trouvèrent seuls, à réitérer son offre, alors qu’elle n’en éprouvait nulle envie.


            « Monsieur, accepter que cette main tendue vous offre de garder vie et d’effacer une querelle, qui me fut un fardeau, à pousser jusques à son terme. Couper les jours d’homme tel que vous eut été déshonneur. 


            En une révérence respectueuse, Maximilien reprit la parole, plantant son regard dans les regards de l’aventurière, quand il se releva.


             -Une telle offre, quelque prometteuse qu’elle puisse être, ne saurait recueillir mon assentiment. Si votre magnanimité vous a fait baisser les armes et me proposer une donnaison de vie [1] , votre honneur vous commande de laver une offense dans mon sang.


            Ici, l’héritier de clan des Chambes s’interrompit puis mit en genoux à terre et, tenant sa rapière, à l’horizontale, posée sur ses deux mains, la présenta à Esther.


            -C’est pourquoi je ne fais preuve d’aucune résistance et vous conjure de prendre une vengeance, que vous êtes en droit de réclamer. Si seul mon sang peut vous satisfaire, je vous serais gré d’épargner mon père ; si ce que l’on perd en un Maréchal de France ne peut se retrouver, changer un capitaine des gardes royaux, quelque dure que soit la perte, se peut plus aisément. Frappez ! Vous avez donné l’arrêt de votre bouche, exécuter la sentence ! Je recevrais les coups avec félicité, sachant qu’ils viennent de vous et j’adorerais votre charmante main, qui a juré de me perdre, reprit-il, une lueur de détermination dans les yeux.


            -De mon sang encore fumante ?! Mais à la générosité doit répondre la générosité, vicomte. Cependant, je suis ta partie non pas ton bourreau, si tu m’offres ta tête est-ce bien à moi de la prendre ?


            La marquise ne put ajouter mot. Dans ses regards, se lisait ce qu’elle n’osait exprimer en des mots. Ce qui avait arrêté sa main, qu’elle voulût se l’avouer ou non, était l’amour. En un réflexe, elle se détourna.


            -Quand je vous offenserais, duchesse, je vous en présente mes plus humbles excuses. Il n’était pas dans mes intentions de vous blesser de quelque façon que ce fût ; ni par la vue, ni par les mots.


            -Je vous saurais gré de ne point m’appeler duchesse, Seigneur ; cette partie de mon existence est morte et devrait sombrer dans l’oubli, répondit Esther, se retournant, constatant que  Maximilien s’était relevé et avait rengainé.


        Telle une bougie, qui se consume, la haine et le désir de vengeance de la jeune marquise semblaient s’être éteints ou reposaient. Par les simples propos de l’homme, dont elle avait voulu tirer revanche, elle se sentait désarmée mais elle ne se sentait pas prête à s’abandonner à lui, à abandonner sa couverture, à laisser tomber le masque ; dans l’ombre, elle se sentait confortable.


          -J’accepte votre décision avec respect, Madame, et traînerait donc une vie mourante, en attendant trépas à la hauteur de la douceur, qu’aurait pu me procurer vos mains, s’ils n’avaient été arrêtées par vos sentiments. Sans doute êtes vous trop fière pour vous l’avouer, mais vous ne pouvez dérober à ma connaissance ce que vos regards et vos attitudes m’apprennent plus que clairement.


            -Quoi qu’en die [2] votre être, il n’est rien que je cherche à dérober au jour : les conventions m’interdisent d’aimer quiconque est du sang du meurtrier de mon père, prétendit-elle, cachant mal ses vraies émotions.


            -Mais depuis quand faites-vous cas des conventions, Madame la marquise ?! feint de s’étonner le capitaine, tentant de pousser son interlocutrice à l’aveu, qu’elle se refusait à formuler. Eusse été le cas que vous auriez poursuivi jusqu’au bout la logique de la loi du sang, qui priait instamment de couper court à mes jours. Et pourtant, vous vous laissez aller à obéir à votre cœur plutôt que votre raison.


            -Que te haïr m’est impossible, je le reconnais, concéda-t-elle.


            -Mais tu le dois.


            -Je ne puis, répliqua Esther de Sorren, sans presque le vouloir et baissant les armes. »


            Cette dernière assertion plana dans le désert patio, assombri de plus en plus par le voile de la nuit tombant, et sembla y résonner, comme le signal d’une corne de brume. Prostrée par son propre aveu et la facilité avec laquelle elle y avait été conduite, la marquise resta interdite, en l’ensemble noir de jais, qui la drapait, rapière, à peine retenue par le baudrier de cuir noir, battant ses côtes.  


            Quant au vicomte, il semblait se délecter d’une sorte de victoire, si facilement acquise qu’elle eut semblée être sans valeur et indigne de tout gentilhomme.






[1] Procédé par lequel, dans un duel, le vainqueur offre d’épargner le vaincu.
[2] Ancienne forme du verbe « dire » ; ici, « dise »



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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyDim 18 Oct 2015 - 14:09

Next one is for now. Bref, une bonne lecture à vous, les amis!



Chapitre VIII : Cette obscure clarté en mon cœur



Barcelone, Catalogne, Royaume d’Espagne

Le 25 février 1568, vers 20 h 18

     Julia Varella regardait, à peine, les rayons du soleil décliner et plonger avecque[1] le vieux port barcelonais, sa vie dans une obscure clarté. Aucune haine ne s’allumait en elle malgré les violences, que les gardes envoyés de l’Inquisition avaient fait subir à ses proches et à elle-même.
      Les conflits de Religions ! Les persécutions ! Juste des larmes de rage et un désir de se sortir d’une situation, pour laquelle elle n’avait qu’aversion. Tous les moyens plutôt que de rester poursuivie pour une confession, qu’elle avait, publiquement, reniée. Ce serment résonnait en elle avec une force, qu’elle n’aurait pas soupçonnée. Des saphirs ternes, bientôt sans expression aucune, avaient remplacé la braise de la révolte.
       Les eaux turquoise et endormies de la mer claquaient, doucement, contre les coques en bois des navires amarrés. Elle avait dirigé vers ce spectacle ses regards, en un réflexe. Il semblait que, dans les profondeurs des abysses, devait se refléter…
 

*

 

Patio du château d’Hever, Kent, Angleterre
Le 30 septembre 1573, vers 19h 48
 

            La main gantée de noir de la marquise de Sorren hésitait à se poser sur le pommeau finement ouvragé de fer forgé de sa rapière, tandis que sa main senestre était prête à empêcher cette première à faire un seul mouvement, qu’elle put jamais se reprocher.
            « Ne cherchez pas à retenir votre main. Enivrez-vous de la satisfaction de prendre vengeance de cette querelle de vous-même ; vous ne me verrez pas montrer l’ombre d’une résistance.
            -Vous ne connaissez cette obscure clarté en mon cœur. Mais avez su y lire des sentiments, que je ne pensais jamais vous devoir communiquer autrement que par un medium[2] quelconque, reconnut  Esther, sans pour autant se faire plus claire sur ses intentions.
            -Ah, Madame. Si jamais vos mots eussent pu avoir plus de pouvoir que les circonstances et l’honneur, qui vous commandent, je les aurais adorés plus que celle qui a juré ma perte et ne veut l’obtenir.
            -Que ne…
            La jeune femme s’était interrompue, voyant que le vicomte avait passé ses mains autour de sa taille et tentait de l’attirer à lui. Aucune protestation. Pourtant, cette proximité et cette intimité trop grande avec Maximilien étaient, pour elle, surtout sujet à embarras. Au travers de son océan, qui noyait les saphirs verts de la Protestante, le seigneur de Chambes lisait tous les sentiments refoulés de la marquise comme ses hésitations et ses pensées de refus mais il ne dit pas un seul mot, attendant qu’elle fasse un geste ou reprenne la parole.
            -Inutile de vous rebeller, marquise. Vos yeux disent ce que vôtre tête refuse de laisser votre bouche prononcer, lui murmura-t-il, se penchant vers elle et embrassant délicatement ses lèvres de corail. »
 

*

Barcelone, Catalogne, Royaume d’Espagne
Décembre 1568, une nuit
           

            C’était une nuit de tempête de neige, qui avait accueilli la jeune Julia, quand elle s’était mit à arpenter les rues de Barcelone, les ruelles les plus sombres de la ville, pour une mission. Silencieusement, enveloppée dans des draps noirs, elle se glissait au travers de venelles, à l’affût, attendant de voir apparaître sa cible, au détour d’un chemin.
            A chaque fois qu’une ombre se profilait, Julia jetait un coup d’œil  pour tenter de la reconnaître. Quand l’ombre passa devant elle, elle se raidit, se confondant presque avec les briques du mur et resta immobile. L’homme, qui passait, enveloppé jusqu’au cou dans une longue cape de soie brodée, n’éveilla aucun souvenir dans l’esprit de la guetteuse, qui gardait un poignard, soigneusement, placé à sa ceinture. Elle le laissa donc passer son chemin, le suivant, pourtant des yeux.
            Attendant toujours celui qui devait se présenter, elle sortit, délicatement, sa lame, la dissimulant dans le dos, pour empêcher quiconque se présenterait de voir l’éclat de l’acier dans l’ombre. Immobile, elle attendait toujours. Une autre ombre se profile, portant un masque, qui lui dissimulait entièrement les traits mais un pressentiment lui murmurait qu’elle se trouvait en face de celui qu’elle cherchait. 
            Un pas. Un crissement de bottes dans la neige. Ce fut suffisant pour la Catalane, qui surgit devant de son coin d’obscurité, dague à nu. L’autre restait surpris. Paralysé. Son corps ne répondait plus, quand sa tête lui ordonnait de sauver sa vie. Il vit à peine l’éclair de l’acier, la lame, qui s’abat dans sa direction. Pas de mouvement de sa part. Seulement, un cri, résonnant dans les profondeurs de la nuit. Un cri, qui reste sans réponse.
            Puis un vide et le sang dans la neige, auréole pourpre.
Dernière image devant les yeux de Julia, avant qu’elle ne s’enfuit, aussi subrepticement qu’elle était venue.
Dans la masse, dans les rues désertes, elle se fond.
Le sang dans la neige, auréole pourpre, qui marquera à jamais son destin.
Dans la neige…
Le sang sur la neige.
Auréole pourpre dans un monde de givre.


[1] Avec
[2] Utilisé dans son sens étymologique d’ « intermédiaire »

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyLun 23 Nov 2015 - 16:24

Oh gosh! Je ne me souvenais plus que mon dernier chapitre datait de si longtemps. Je m'excuse de cette longue attente et voici le chapitre sur lequel je travaillais pendant ce long mois.

Chapitre IX: Au son du cor



Forêt d’Ashdown, Sussex de l’Est, Angleterre

Le 1er Octobre 1573, 18h 00

 

            La chasse organisée par le comte de Sussex, demi-frère du duc de Kensington, avait établi camp dans la forêt d’Ashdown. De la chambre qu’elle occupait chez le baron d’Hever, la marquise était partie vers cinq heures. Elle avait erré dans les jardins de la propriété, vers cette fontaine… Pour réfléchir, avait-elle dit au vicomte de Montsoreau, qu’elle avait rencontré à son retour. Sur quoi le baron leur avait proposé de l’accompagner à la chasse de Milord Sussex, dont les terres jouxtaient presque les siennes.
 

            Les montures avançaient, au pas, au milieu des feuilles flamboyantes et détrempées, qui jonchaient l’humus. Ils s’arrêtèrent en pleine carrière, attendant, à l’affût, que des proies fassent leur apparition. Un délicat brouillard enveloppa les frondaisons pourpres claires.
            Au milieu de cette mer de fins nuages flottants, perçait, par intervalles régulières, un soleil lointain aux rayons puissants. Dans les prunelles en feu d’Esther de Sorren, se reflétaient ses plus profondes appréhensions.
 

 

 

*

 

 

 

 

 

Catalogne, Royaume d’Espagne
Fin 1568, une nuit
 

            Sur la neige empourprée, une trace noire isolée : entrelac de ronces, de feuilles et de pétales ; sa signature. La Rose Noire de Barcelone. Un nom et un jeune visage masqué sous de la soie.
 

            Le sang, pour jamais, gravé dans la neige.
            Se fondre dans l’ombre. Dans la masse.
 

            La profonde nuit tente de dérober au regard les restes de ce qui se déroula. Cependant, la pâle lueur de la sournoise lune jetait jour sur la macabre mise en scène. Un désert de témoin.
        Et le vent hurlant, comme de douleur, devant la contemplation de ce corps sans vie, gisant dans son linceul d’hiver. Un cri infini.
 

*

 

 

Forêt d’Ashdown, Sussex de l’Est, Angleterre

Le 1er Octobre 1573, 18h 30

 

            Un cri infini, qui retentissait encore dans l’esprit de la marquise, cinq ans plus tard. Un cri relayé par les notes criantes d’un cor de chasse cuivré. Esther se sent défaillir sous la puissance de ce rappel ; un brûlant rappel. Une subite pâleur la prit.
            Un nouveau cri de l’instrument cuivré. Cette déflagration de notes surprit si fort la monture capricieuse de la jeune noble qu’elle se cabra, désarçonnant sa cavalière. Sa chute révéla à la lumière cette flétrissure qu’elle abhorrait et avait tellement tenté de dérober aux regards et au jour.  J’éprouvais une envie de retenir Maximilien qui sauta à bas de son étalon et se précipita en ma direction. Cependant, je ne pus.
            Je savais qu’il verrait la marque au fer rouge sur mon épaule droite mais n’essayait plus de la crypter [url=file:///C:/Users/Alix/Downloads/La Rose Noire de Barcelone.docx#_ftn1][1][/url]. Nos regards se cherchèrent, tentèrent de s’éloigner l’un de l’autre et, pourtant, ils ne purent que se croiser. Aucun de nous deux n’osa tenter de lâcher un mot.               
         Soudain, je sentais que les yeux du vicomte de Montsoreau s’arrachèrent des miens pour se poser sur mon épaule dénudée. C’est alors, qu’à ses vues, s’offrit ou plutôt sauta la fleur de Lys, tâche mordorée dénotant sur la peau ni blanche ni basanée ; cette marque infamante imprimée par la main du bourreau.
            Un monde sembla s’effondrer. Dans ses yeux, des reproches muets. Mais, en lui, se sentait une bat        aille intérieure. Un feu dévorant, qu’il tentait de dompter…sans pouvoir y parvenir. Son déchirement tragique était sur le point de déborder et quoi qu’il fasse pour le contenir, rien n’y faisait. S’il eut été seuls… Son regard embrasa les alentours et constat qu’en effet, ils étaient seuls, seuls dans un désert de verdure.  
            Des mots semblèrent vouloir se frayer un chemin hors de sa gorge mais il les ravala d’un même mouvement, trop interloqué pour pouvoir réfléchir correctement. Une seule explosion mais tellement signifiante lui échappa, après un long instant de silence.
            « Vous ! »
            Un écho douloureux.
            Rien n’aurait pu la justifier, la duchesse de Kensington le savait et, pourtant, elle aurait désiré s’expliquer. Le cri du seigneur de Montsoreau l’avait touchée droit au cœur. Elle ne pouvait pas le laisser partir au large avec ce qu’elle avait tenté de celer –elle savait que trop bien à quelle extrémité elle devrait en venir pour le faire taire et ne se sentait la force ou plutôt la froideur d’agir de la sorte envers lui. 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

TBC





[url=file:///C:/Users/Alix/Downloads/La Rose Noire de Barcelone.docx#_ftnref1][1][/url] Dans le sens étymologique de « cacher ».

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyLun 18 Jan 2016 - 16:13

Voici les chapitre suivant et mes excuses pour cette longue attente; le chapitre m'a pris de plus de temps que prévu à écrire... Sinon, bonne lecture à vous!

Chapitre X: Trahison



  • Esther de Sorren


Forêt d’Ashdown, Sussex de l’Est, Angleterre
Le 1er octobre 1573, 18h 38
 

            « Vous ! Des rumeurs faisant état de la présence de la Rose Noire en Anjou et dans le royaume d’Angleterre circulent, ces mêmes rumeurs vous désignaient comme étant mêlée de près ou de loin à ses criminels agissements. Mais par respect pour vous, j’ai fait taire ce que tenais pour diffamations et mes doutes. Pourtant ce lys, qui brûle votre peau, est foi que ces témoignages n’étaient que trop vrais ! Je vous ai sauvée, vous ai accordé confiance et amitié, vous ai offert mon cœur, j’envisageais de vous offrir mes titres, mon nom et mes terres pour unir nos sangs, nos clans et joindre mes fiefs aux vôtres ! Eussiez-vous décliné cette demande sous le fallacieux prétexte de déchoir de rang que j’aurais accepté ce refus bien malgré moi, plutôt que de souffrir une trahison de votre part ! »
            Maximilien avait fini par lâcher un flot de reproches. Sa cascade de « vous » accusateurs me noyait. Et, cependant, je sentais ou je voulais croire qu’il se cachait derrière ses paroles dures et tranchantes, qui ne me semblaient point devoir être ; être les siennes.
            « Croyez-vous que ce que nommez trahison ne me coûte point ?! Il est certaines informations, qui pourraient possiblement me justifier – si elles le peuvent -, mais vous les exposer m'exposerait[1]
            -Si vous avez déserté l’Anjou et vos possessions françaises ce que vous vous considérez déjà comme perdue. Vous ne perdrez rien de plus en vous montrant sincère, répliqua le vicomte, qui semblait s’être radouci.
            Cependant, je lisais encore une once de suspicion, de méfiance et de doute dans son expression. Moi-même je ne pouvais mettre mes sentiments au clair, je ne pouvais donc le blâmer.
            -Vous vous égaré [2] en pensant de la sorte. Il y va de bien plus que ce que vous ne pouvez imaginer.
            J’avais laissé plané mes affirmations, sans explication aucune, craignant de n’être espionnée par mon bourreau-protecteur ou l’un de ses aides. Trahison pour trahison, je ne pouvais me décider à révéler tout ce qui me concernait au futur comte ; les enjeux étaient bien trop importants…
 


  • Maximilien de Montsoreau


 

       Je ne pouvais m’expliquer la résistance dont faisait preuve la marquise de Sorren et, pourtant, je ne pouvais m’empêcher de la considérer comme légitime et justifiée. Les mots ne pouvaient pas me venir pour l’amener à me révéler ce qu’elle s’obstinait à garder dans le secret.
            -Quoi que ce pusse être, sachez, Madame…commençais-je.
            Je m’arrêtais de mon propre chef. Qu’allais-je dire ? Quoi que ce pusse être sachez que je ne pourrais vous abandonner à votre sort, quel que doute que je puisse avoir à votre endroit ?
            Dans les yeux de mon interlocutrice, j’avais pourtant cru lire, pendant un bref instant, une volonté d’en dire plus, de se justifier. Et pourtant :
            -Je regrette.
            Ce furent là les seuls mots que je l’entendis me répondre. Dans ce simple constat, je me sentis autorisé à lire plus que cette simple excuse… Je me sentais sur le point d’exploser derechef : des regrets… de simples regrets.
            -Vous regrettez ! Quand vous pourriez vous justifier !
            -Votre rage m’est aisément compréhensible… Que vous ayez…, amorça Esther, s’interrompant d’elle-même.
            -Que pourrait bien effacer une félonie de la sorte ?! Que pourrait bien vous dédouaner de tels actes, quelques inconnus qu’ils me soient ?!  [3]
            -Avez-vous besoin de savoir dans quelle déchéance j’étais tombée ?! Cela vous satisferait-il de connaître quelle fut l’ambivalence de mon statut avant que de venir en France ?! Nous considéreriez-vous quittes, quand vous auriez connaissance de ce que j’ai passé des années à taire ?!
            -Et pourquoi donc voudrais-je l’entendre ? Mon but n’est pas de vous forcer à aveux…
            -Pourtant, vous en réclamiez.
            -J’eusse aimé qu’ils soient volontaires et non contraints.
            -J’eusse aimé ne pas être réduite à vous les livrer. »
 

 

 

                       

  • Esther de Sorren
     



         A ces mots, je me levai, soudainement, et me tenant en face de lui, sa vue tomba sur mon épaule marquée. Je tentais un geste de recul et de celer la flétrissure mais, plus vif que je ne l’étais, le vicomte se saisit de ma main gantée.
      Je tentais de me dégager de son étreinte ; cependant, il la resserrait à chaque fois. Nous nous défions du regard, pendant ce qui semblait être un siècle, puis Maximilien de reprendre la parole.
      « Vous ne craignez rien à baisser la garde, Julia… Quoi que vous pensiez, je suis votre allié ! »
      Un demi-sourire contri se dessina sur mes lèvres, quand je l’entendis prononcer ces phrases. Mon allié ?! Je n’avais souvenir qu’il soit comporté comme tel dans les derniers mois… Quel allié était-il pour adopter un comportement si changeant en un espace de temps si réduit ?! Le fourbe… allais-je murmurer entre mes dents, cependant, je sentais une étrange attirance pour cet homme, qui m’avait trahie et qui ne pouvait, pourtant, s’empêché de se présenter comme un allié ; un homme qui, en dépit, de certaines circonstances, l’était et était bien plus. Cette ambivalence faisait, pour moi, son charme et me donnait tout à la fois raisons à le craindre, quoi qu’il ait pu arguer en sa faveur. Le silence complet : aucun de nous n’osait le briser, comme s’il nous était confortable ; le plus sûr allié entre tous.  
     Subitement, un sifflement dans les airs me tira de mes pensées. J’eus à peine le temps de réaliser qu’il s’agissait d’une flèche filant en direction de Maximilien. Je ne réfléchis même pas.  Je m’étais élancée. Je restais stoïque, même quand la pointe traversa mon flanc.  De mouvement, il n’eut le temps que de jeter un regard anxieux sur les environs et de se perdre tristement dans mes prunelles.
      « Pourquoi ? lâcha-t-il, en un automatisme. Quand vous vouliez vous venger, vous prenez un trait qui m’est destiné. Quel est votre calcul ? Que comptez-vous en récupérer ? Vous ne faites jamais rien sans en escompter profit…
       -Le moment est mal choisi pour me poser ce genre de questions. J’ai peut-être été cette femme mais je ne le suis plus. Quoi que l’on ait pu vous dire, quoi que vous pouvoir croire, je ne cherche aucun profit à vous sauver, répondis-je avec difficulté, ayant le souffle coupé par la douleur.
      Je ne pouvais m’offusquer qu’il eut connaissance de ma vie antérieure, sachant que le bourreau de Kensington avait… A dire vrai, je ne m’en souciais que peu, présentement. La seule envie que j’avais était de me sortir de cette situation, par n’importe quel moyen. Le vicomte de Montsoreau ne répondit rien. Au bout de quelques instants, il reprit la parole.
     -Je regrette, lâcha-t-il, comme s’il avait l’intention de m’abandonner à mon sort.
     -Vous n’en ferez rien, soufflais-je.
     -Comment pouvez-vous possiblement…
     -Votre honneur vous l’interdit. Si, du moins, il vous en reste…
     -Me taxer de…
     -Si ce n’est l’honneur, il vous doit rester des sentiments… »
     Aux regards qu’il me lançait, j’avais deviné l’avoir touché.  Il avait esquissé un geste dans ma direction. J’en oubliais tous les différends, qui se pouvaient tenir entre nous. Toutes les conventions et jusqu’à la différence de Religion, qui aurait dû être un impérieux empêchement. La braise dans ses yeux avait décliné et j’y lisais désormais de la souffrance, alors qu’il me portait jusqu’aux montures. Le silence régnait entre nous, derechef. Il se pencha vers moi et murmura : « Quel que soient tes raisons, je ne peux t’être que reconnaissant de ce sacrifice. Pourtant, je ne pourrais supporter de te perdre, quelle que soit ta vie antérieure. »
           Ma vue se troublait. Je vis, péniblement, Maximilien de Montsoreau joindre brièvement ses lèvres aux miennes. En revanche, je pouvais encore entendre clairement sa voix, à distance, comme s’il eut été dans la brume.
       « Ne m’abandonne pas. »
       Il avait formulé sa prière, dans un souffle. Un souffle de désespérance. Presque un adieu, comme s’il pensait que tout était fini. Etait-ce mon sentiment ? Je ne savais plus. Je ne savais plus ce que je souhaitais ; me battre ou m’abandonner à ces bras de la Faucheuse, tendus dans direction. Toutes pensées de vengeance…


[1]  Représenterait pour moi un péril/danger.
[2] Vous vous trompez
 [3]  Qu’est-ce qui pourrait bien effacer une telle trahison ?! Qu’est-ce qui pourrait bien …. ?!

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyLun 25 Jan 2016 - 16:08

Voici le chapitre suivant, comme prévu.

Chapitre XI: L'Archer d'Ashdown


Une taverne dans les ruelles sombres de Londres, Angleterre

Le 3 octobre 1573, à la nuit tombée

 

     « Qu’en est-il de cette mission à Ashdown ? interrogea un homme, dans l’ombre d’un recoin de la salle mal éclairée.

      Son interlocuteur, un archer encapuchonné de noir, resta silencieux quelques instants, hésitant à répondre par la négative. Cependant, s’éclaircissant la voix, il répliqua d’un ton amer.

      -Un imprévu. La duchesse de Kensington…

      Ces mots étaient tombés comme un couperet. Inexorables. Impitoyables. L’archer guettait la réaction de l’autre, sans ciller.

       -Impossible ! Votre imprévu ne peut-être une femme ! Une morte, qui plus est... tempêta le buveur, en posant bruyamment sa chope de bière métallique sur les délicats tréteaux. 

       -Elle ne sera bientôt plus un obstacle, répondit-il en un mauvais sourire.

       -Peut m’importe la duchesse… Vous connaissiez les ordres de la Rose Noire ! Vous deviez éliminé le vicomte de Montsoreau ! Je n’ai que faire de vos querelles personnelles avec Julia de Verdanne ! Elles ne doivent interférer en rien !
        -Elle sera la perte de ce petit noble de province, qu’elle le veuille ou non, répliqua-t-il, sombrement et mystérieusement.
        -Peu me chaud ce que vous pensez ! Agissez et ne laissez plus échouer votre mission pour un imprévu quelconque ! ragea l’homme de l’ombre. Une erreur vous serait fatale ! ajouta-t-il ».
        Et un éclat métallique discret se fit voir dans l’obscurité. L’archer d’Ashdown se rapprocha et fit face à la lame que l’inconnu brandissait. Il tendit sa main dextre. Le regardant dans les yeux, le client de la taverne lui intima de prêter serment. L’homme masqué posa son genou senestre à terre et sa seconde main sur sa poitrine. La lame de poignard entama la main tendue de l’homme de main. La paume ensanglantée atterrit d’elle-même sur les tréteaux de bois, alors que le spadassin prononçait des paroles en un langage oublié. Sur ce, il reçut un signe de se retirer.
 

La grande salle de château d’Hever, Kent, Angleterre
Le 4 octobre 1573, milieu d’après-midi
 

       Maximilien arpentait la salle. Il avait besoin de réfléchir ; il ne comprenait toujours pas pourquoi la marquise s’était interposée entre lui et l’arme de jet. Et, pourtant, ce dont il se souciait le plus présentement était le sort d’Esther. Il s’arrêta et regarda par l’une des fenêtres à meneau.
    « Elle vous faisait confiance, Montsoreau ! Et vous n’avez pas fait un seul mouvement pour elle !
     Une voix masculine sortie de nulle part le fit se retourner. Il faisait désormais face à l’homme en noir, qui lui assénait un reproche. Le regard du vicomte se porta automatiquement sur l’unique main gantée du bourreau puis sur les flèches qu’il portait à son carquois. La semblance  [1] des empennes avec celle que le chirurgien avait retirée du flanc de la jeune femme le frappa.
      -Et que dire de vous, Monsieur ?! N’étiez-vous pas son protecteur ?! Pourquoi l’avez-vous laissée prendre un trait que vous me saviez destiné ?!
      Le bourreau ne chercha pas d’échappatoire. Il ne chercha pas à nier, ni à se justifier d’aucune sorte.
      -Mes raisons ne vous concernent pas ! Je vous priai de ne point interférer avec elles ! lança-t-il.
      -Seuls les assassins cachent leurs motifs !
       -Sa vie est en jeu… Elle ne devrait pas l’être !
       -Vous seul êtes à blâmer pour cela ! lui renvoya Maximilien.
       -En quoi suis-je responsable des risques qu’elle prend pour vous sauver ?!
       -Ne croyez pas en être quitte ! »
       Le bourreau ne répondit rien mais dans son air, le vicomte Maximilien put lire une expression de satisfaction et de triomphe. Leur conversation s’était interrompue et aucun d’eux n’envisageait de la reprendre pour la conduire à un terme. Leur duel avorté reprenait dans leurs échanges de regards. Cette fois, Esther n’était en pas en état de s’interposer entre eux. Ils brûlaient de croiser de nouveau le fer. Le futur comte porta sa main à sa rapière, qui lui battait les jambes, prêt à prendre sa revanche sur l’envoyé du duc de Kensington. Quant à l’homme qui lui fait face, il était clair qu’il ne comptait pas en rester là. Dans leur esprit, leurs lames dansaient et mordaient sans merci l’autre, jusqu’à ce qu’il plie sous l’assaut.
      Un claquement de lame sortant de son fourreau. Le carquois et l’arc glissent à terre. Second cliquetis métallique d’une arme que l’on sort de sa gaine. Aucun des deux ne s’embarrasse des salutations d’usage. Ni des rituels prémices. Les deux adversaires se tournent autour, sans que l’un d’eux ne s’élance. Maximilien, le premier, brisa le mouvement.  Avec rage, sa rapière siffla en direction de l’homme drapé de noir. Ce dernier fit un écart et la lame frôla à peine son flanc. Il répliqua, férocement. Cependant, la rapière de Maximilien de Chambes s’interposa entre lui et le fer de son ennemi.
 

 

 

 

 

 

Une cage d’escaliers en pierre, château d’Hever, Kent, Angleterre
Le même jour, quelques minutes plus tard
 

     Leur duel avait les conduits dans les escaliers à vis, qui conduisaient aux étages. A chaque coup, ils reculaient, en montant les marches, chacun cherchant une faille dans la défense de son adversaire. Le bourreau se sentait acculé. Le fer du vicomte vola pour s’arrêter devant son visage. L’homme sans identité venait de parer in extremis un coup d’estoc du nobliau d’Anjou. Le bourreau ne put s’empêcher de laisser paraître dans son attitude une once de contentement et une excessive confiance en lui. Si Maximilien n’en laissait rien filtrer, il se disait que ce comportement était ce qui finirait par pousser le sbire à la faute.
 

Les appartements de la duchesse de Kensington, château d’Hever, Kent, Angleterre
Au même moment
 

    Le bourdonnement régulier des armes ferraillant parvenait aux oreilles de la marquise de Sorren. Elle tenta de se relever mais une main amicale du baron d’Hever la stoppa.
    « Il faudrait que vous…
    Sa seule réponse fut un murmure léger.
    -Max… Le vicomte de Montsoreau… commença Esther, se reprenant au moment où elle allait appeler le Seigneur de Chambes par son prénom ».
    Cependant, elle n’eut pas besoin d’en dire plus pour que le gentilhomme anglais lise dans son regard ce qu’elle refusait de s’avouer.
 

*

     Subitement, elle avait pâli en entendant frapper contre la porte. Sans tenir compte des avis du baron, elle se leva et enfila de cape jusqu’à chausses. Elle se précipita à la porte. Elle l’ouvrit. Sur le seuil, gisait Maximilien, regard implorant. Derrière lui, le bourreau, un sourire mauvais aux lèvres, prêt à frapper de nouveau le Catholique.
  « Reculez ! Si vous avez une âme, vous pouvez la sauver… Il y a eu assez de massacres entre Réformés et Catholiques !
   -Ne vous mêlez pas de ça, duchesse !
   Maximilien rampe dans leur direction ; Esther fait un pas en avant. La lame de son bourreau-protecteur se trouve à quelques pouces  [2] de son abdomen.
   -Vous n’auriez pas le front ni l’infamie de vous attaquer à la femme que vous protégez !
    Esther ne peut faire un mouvement de plus et, pourtant, elle ne peut souffrir  [3] de voir le vicomte à l’agonie. Elle ne réfléchit pas plus avant ; s’agenouille auprès de lui, posant une main sur sa plaie, réitérant ces paroles.
   -Il y a eu assez de massacres entre Réformés et Catholiques !
    Sur ce, le baron d’Hever fit son irruption.
    -Baissez les armes ! Je ne saurais tolérer que vous massacriez mes hôtes son mon toit, pour quelque raison que se fut ! »
    Esther, pour sa part, restée prostrée dans sa position, laissant le liquide pourpre et chaud entacher sa main. Le baron n’ajouta pas un mot supplémentaire et fit conduire les deux jeunes gens auprès de son chirurgien.


[1]  Ancienne forme de « Ressemblance »
[2]  Ancienne unité de mesure dont la valeur varie durant les époques et/ou les pays. Globalement, le pouce anglais, dont il est ici question, vaut environ 2,54 cm.
[3] Dans son sens ancien de « supporter ».

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptySam 30 Jan 2016 - 15:26

Chapitre XII: Les braises de la tourmente

Paris, France

Dans la nuit du 24 août 1572

 

     Les pavés disjoints des ruelles de la capitale étaient détrempés par la récent pluie. Des soldats de Sa Majesté les arpentaient, rapière à la main. Dix ans après les massacres de Wassy, les Réformés avaient pu croire que le temps de la paix était venu pour eux et, pourtant, au vu de tant de cadavres jonchant le sol où se mêlaient boue, eau du ciel et sang, les braises de la tourmente n’en avaient pas fini de brûler et de déchirer le voile nocturne.
     Cette nuit-là, ils recherchaient un homme : l’Amiral de Coligny. Une tentative d’assassinat qui déclencha des massacres en masse, dans toute la France. Un ordre privé arraché ; des résonnances publiques de grande ampleur. Un guet-apens. Des éclats de lames dans le noir. Tout se passe si rapidement que l’on n’arrive plus à réfléchir.
    Un sbire attendait, rechargeant son arquebuse. La balle fuse, quand l’Amiral surgit. La stupeur sur ses traits. Il s’effondre. Se traîne dans les rues, le tir n’étant pas mortel. Ils le poursuivent et, sur les marches, à l’entrée du Louvre l’achèvent d’un coup. Et puis, ils laissent son corps baigné dans la traînée de sang. Par suite, la traînée de poudre se propage dans le palais royal. Chaque couloir était un amoncellement de corps de Protestants de tous sexe et âge confondus. Au milieu de cet immense charnier, par une intervention de la reine de Navarre, un seul avait réchappé à son sort.
 

Pyrénées, peu avant la frontière entre la Catalogne (Espagne) et l’Aquitaine (France)

Fin 1568, à l’aube

 

  Un fort blizzard soufflait quand la Rose Noire traversa les cols pyrénéens pour tenter de passer dans le duché d’Aquitaine. Dans ces hautes montagnes, au plus fort de la tempête, elle se sentait seule. Elle ne savait plus si elle fuyait l’Inquisition, ce qu’elle avait été forcée de devenir ou un passé qui pourrait lui être fatal. Et elle ne s’embarrassait pas de connaître la réponse à cette interrogation.
   Elle avançait, péniblement, dans les couches de neige épaisses, qui formaient un tapis blanc sur les seuils rocailleux. La trace de ses bottes venait, légèrement, perturber la surface lisse des carrés neigeux. Ses pas se mélangeaient à ceux d’autres voyageurs intrépides et elle se fondaient dans la masse…
   Dans la brume, qui commençait à se dissiper, la jeune fugitive aperçut le signal de la frontière ; un étendard déchiré, frappé aux armes de la famille ducale d’Aquitaine. Celui-ci flottait dans le vent, lui indiquant comme le chemin de sa liberté. Elle le regarda onduler, pensive.

*

 

 

 

 

Les terres du Seigneur de Derwill, une campagne du Kent, Angleterre

Le 5 février 1569, au matin

 

 

     Depuis le début du mois, celle que l’on connaissait sur l’île sous le nom de Julia de Barcelone se trouvait sur les terres de Richard de Derwill, duc de Kensington.  Au milieu de ces étrangers, elle se sentait seule et pourtant en sécurité. Personne ne savait ce qu’avait été sa vie, ce qu’elle avait dû endurer. Une protection, pensait-elle.
   Pourtant, elle se trompait. Un homme, rencontré dans sa vie antérieure, avait fini par retrouvée sa trace et cherchait à l’éliminer pour le compte d’une faction ennemie. Quand son regard croisa le regard de l’homme qui tentait de s’en prendre à elle, elle le reconnu. Un de ses propres hommes, dans un passé très proche ! Elle reculait vers le bord de l’abîme, sans plus s’en soucier.  
 

*

     On ne sait d’où venu, un homme de grande stature portant chapeau orné d’une plume blanche et cape de soie, tous d’un vert émeraude éclatant. Dans son allure, dans sa démarche et dans ses manières, Julia avait vu en lui un Seigneur. De la scène qui avait suivi, elle avait volontairement détourné ses regards. Elle ne prêtait pas attention aux ferraillements, qui lui parvenait en écho.
    Elle ne souvenait, par la suite, que de la douceur et de l’inquiétude à son encontre qu’avait manifesté le Lord. Elle se souvenait de son incapacité de prononcer un seul mot. Pourtant, elle se remémorait aussi d’être rassurée, quand elle aurait plutôt eu raison de craindre d’être découverte. Incapable aussi que de faire un seul geste, elle perdait son regard dans celui de la subite apparition. Une main tendue et ces mots, en un murmure et une révérence : « comte d’Harwell, à votre service. » Un simple remerciement dans un français teinté d’accent catalan et puis elle disparut dans la brume, qui s’étendait. Le comte resta seul, dans la ruelle déserte. L’apparition de la jeune Espagnole l’avait laissé presque sans voix et sa disparition le stupéfiait encore plus. Il n’osait lui courir après mais sa réaction lui posait tellement de questions. Cette fuite… Comme si elle avait quelque chose à cacher. Il jeta un œil sur le cadavre de l’homme, qu’il avait terrassé. Dans son sang, il lui semblait revoir le visage de celle qu’il venait de soustraire aux malveillantes intentions du spadassin ; elle qui était partie sans autre mot qu’un « je vous sais gré. ». Celle qu’il ne connaissait et, pourtant, il avait fait un geste pour elle, comme s’il eut été poussé par une nécessité qu’il ne pouvait s’expliquer.


 

Les Moor du Yorkshire, Angleterre

Un matin de novembre 1573

 

   C’était par un matin glacial qu’il avait annoncé son intention de se rendre sur les champs de bataille dans les Flandres. Ordre du roi, avait-il lâché, comme une excuse. Un prétexte pour cacher, pour ne pas faire face aux sentiments contradictoires qui l’agitaient. La marquise de Sorren n’avait pas trouvé que lui répondre. Elle ne pouvait que jeter un regard désespéré sur lui. Elle éprouvait l’envie de le retenir et elle s’abandonna à cette envie, se précipitant à sa suite.
  « Tu n’aurais le cœur de laisser à la merci de ce bourreau…, tenta-t-elle, d’un air vague.

   Maximilien de Chambes savait, en lui-même, qu’il n’aurait pas le force de le faire et, pourtant, il répondit d’un air ferme, tranchant :

    -Le devoir.

    -Tiens-donc si peu à la vie que tu choisisses de…

    -Si tu savais… Je ne cherche qu’à me fuir, non pas à t’abandonner, l’interrompit-il sur un ton plus doux.

     Son aveu avait stupéfié la jeune femme.

     -Et, pourtant, chercher trépas... finit-elle par lâcher ».

     Esther s’était interrompue ; elle n’avait pas cherché une seule fois dans cette conversation à celer ses sentiments pour le Seigneur catholique, quelque que fut ce qui les opposait et la force de ces obstacles. A la seule pensée qu’elle ne perde, elle se sentait défaillir. A la seule pensée que son geste ne soit vraiment un abandon, le vicomte de Montsoreau sentait un trait acéré lui percer le cœur. Et il le regrettait déjà. Il faisait face à l’héritière du marquisat de Sorren, sans pouvoir lui exprimer plus que ces mots qu’il s’était senti contraint de prononcer : « Je ne cherche qu’à me fuir, non pas t’abandonner. » Il semblait, quoi qu’il en soit, que ce fut suffisant voire trop pour la Franco-catalane. Elle aussi se sentait prise dans des contradictions : elle se sentait prise entre ses sentiments pour Maximilien, son désir de vengeance, sa reconnaissance pour son sauveur et les conventions. Ses deux personnalités parlaient en elle, avec une telle puissance, qu’elle n’arrivait pas à laisser l’une prendre le dessus sur l’autre. Attendais-t-elle que Maximilien reprenne la parole ? Qu’il l’abandonne ici ? Qu’il renonce à un devoir, auquel il ne devrait pouvoir se soustraire ? Elle ne saurait le dire.
    Elle se laissait aller contre lui, en un réflexe. Il resta sans bouger pendant quelques instants avant que de poser ses mains autour de sa taille et de murmurer une sorte d’excuse.
FIN  DE LA PARTIE I. LA SUITE A SUIVRE DANS UNE AUTRE PARTIE.

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyVen 5 Fév 2016 - 19:45

Voici la suite. Je n'ai encore eu le temps de faire l'affiche, qui correspond mais j'essaye de le faire ce week-end. En attendant, vous avez le chapitre inaugurale de ma deuxième partie.

PARTIE II: L'Autre Vie


Chapitre XIII: Par le Verbe

La salle des gardes, aile droite du château d’Hever, Kent, Angleterre
Le 4 octobre 1573, en fin d’après-midi


   Les deux hommes se tenaient, face à face. Dans les prunelles du bourreau, se lisait de mauvaises intentions.
   « Je vous saurais gré de ne point interférer dans des affaires, qui ne sont point les vôtres, déclara le bourreau, sans préambule aucun, sur un ton qui n’admettait aucune réplique. 
    -S’attaquer à mes hôtes équivaut à une attaque personnelle, lâcha le baron d’Hever avec les mêmes nuances dans la voix.
    -Il est nécessaire qu’il disparaisse…, rétorqua le sbire, vaguement agressif, sans mentionner le nom de Maximilien, ni même des raisons pour laquelle il affirmait cette nécessité.
     -Par ordre de vous ?
     -Mes allégeances, mes raisons ne vous concernent pas !
     -Trahir une hospitalité !
     Les mots tombaient, tels des couperets, les uns à la suite des autres. Ils étaient inflexibles, impitoyables. Des deux côtés. Ils luttaient contre le verbe de l’autre, par le verbe. Un âpre duel qui faisait que commencer. Les passes d’armes verbales résonnaient sous la voûte de pierre de la salle des gardes, ricochant contre les plaques métalliques des enfilades d’armures, qui y étaient installées.
     -Sur cette affaire, vous n’avez pas d’avis à exprimer !
     -Pour me dire ce que je dois faire, qui êtes-vous donc ?!
     -Ne prétendez pas me connaître ! ragea l’homme de l’ombre.
     -Je ne le prétend pas.
     Un silence. Et le baron d’Hever reprit la parole.
     -Je ne suis concerné que par le bien de la marquise et de vicomte.
     -Vous ne savez donc pas qui vous hébergez ?  interrogea le protecteur anonyme d’Esther, sur un ton qui insinuait propos diffamatoires ».
      Le baron d’Hever, interloqué, le regardait dans les yeux, sans être capable de répondre quoi que ce soit. Un mauvais sourire de satisfaction se dessina sur les lèvres du bourreau, qui ne chercha à pas à le celer à son interlocuteur. Assommé par la semi-révélation de cet homme inconnu, le Seigneur anglais n’avait pas réagi. Par le Verbe, il était tout autant possible de blesser que par le fer et le sang. Il venait de le réaliser.



Les appartements de duchesse de Kensington, dans l’aile gauche du château d’Hever, Kent, Angleterre
Au même moment


   Le vicomte revenait, doucement, à lui après l’intervention du chirurgien. Tournant son regard, il aperçut la silhouette fine de la marquise, qui se trouvait à ses côtés.
   « Tu…
   -Je te dois des explications, lâcha la jeune femme.
     -Tu ne me dois rien. En revanche, je te dois la vie, répondit l’héritier de la dynastie des Chambes.
    -Tu as mis au jour un secret, qui ne devait l’être, poursuivit-elle, sans se soucier de ce que venait de dire Maximilien.
    -Serait-ce un reproche ou une menace ?
    -Aucun des deux. Depuis notre rencontre, je n’ai plus rien avoir cette femme.
    -Comment pourrais-je te faire confiance ? Tu as gardé silence sur les raisons qui t’ont poussées à…
     -J’aurais pu te laisser prendre ce trait, j’aurais pu te laisser agoniser devant ma porte et pourtant je ne l’ai pas fait, sachant parfaitement ce que ça implique pour une Réformée de sauver un tenant de la foi catholique !
     -Je ne te suis reconnaissant de prendre tant de risques pour moi. Et pourtant…
     -C’était un acte purement désintéressé, répondit-elle, dissimulant une partie de la vérité.
     -Pourquoi donc te taire sur ses raisons ?
     -Pourquoi soupçonner félonie derrière les sentiments ? renvoya la marquise de Sorren, laissant transparaître les siens ».
     Maximilien de Montsoreau se sentait désarmé devant ce semi-aveu. Il ne savait plus ce qu’il aurait pu arguer. Ne pouvant soutenir le regard de l’aristocrate juive convertie au Protestantisme, il détourna les yeux. Ce à quoi il cherchait à échapper, il ne le savait. S’il voulait avoir des réponses sur ce qu’Esther ne voulait révéler, il n’en avait pas la moindre idée. Par le Verbe, elle l’avait aussi bien rassuré qu’elle avait semé en lui les graines du doute et de l’Angoisse despotique, laquelle portait son haut son étendard d’un noir éclatant. Ce noir lustré, qui régnait, à présent, dans le cœur de la marquise.
    Quant à elle, elle n’avait pas ajouté un mot de plus, aussi mal à l’aise que le vicomte l’était. Elle ne pouvait lui dire ses raisons, sans trahir ce qu’elle avait cherché à protéger. D’un autre côté, Maximilien la savait flétrie… En réalité, de choix, il lui en restait très peu voire aucun. Elle se sentait prisonnière de choix qui n’avaient pas été vraiment les siens ; d’une personnalité dont elle n’était pas pleinement maîtresse. Ses lèvres brûlaient de révéler son passé ; sa Raison lui murmurait de n’en rien faire ; son cœur était partagé.
    Les fournaises d’un tourment, qu’elle pensait oublié dans les méandres du temps, revenaient la hanter et l’assaillir sans faire montre de la moindre merci.


*




Dans une tente, au bord de la lice, Kent, Angleterre
Fin octobre 1573, 16h 36



    Dans une tente estampillée aux armes de la maison des Chambes, le vicomte Maximilien s’apprêtait, à l’aide d’un écuyer, pour le tournois organisé par le baron d’Hever. Sur ce, la marquise de Sorren fit irruption. D’un geste, il congédia son écuyer.
   D’une voix blanche, la marrane (1)  le pria de ne point se précipiter pour entrer sur la lice. Par la suite, elle n’ajouta rien mais, dans son ton, Maximilien peut y lire bien plus qu’elle n’avait voulu y mettre ou qu’elle n’avait voulu s’avouer… Un seul regard et elle comprit qu’il ne changerait pas d’avis.
  « Reviens-moi… murmura la tenante du titre des Sorren sur un ton proche de la désespérance.
   -Comme si je t’avais jamais échappé, renvoya le futur comte, tout en se perdant dans le regard de la jeune femme.
   -Y avoir été tenté…
   -Que t’importe ?  (2)
    -Toi ».
    Ce fut le seul mot qu’elle lâcha en réponse à la question de Maximilien, qu’elle avait laissé planer pendant quelques minutes. Cette simple attitude valait pour lui comme aveux mais il sentait qu’elle voulait plus loin. Il ne cherchait pas à l’arrêter sur son chemin de l’aveu par un quelconque moyen. Pourtant, une certaine voix en lui susurrait qu’il regrettera d’avoir agi de la sorte. Une voix qu’il n’avait entendue depuis longtemps… Une voix qui lui semblait familière et, en même temps, lointaine. Instinctivement, il avait fait un pas en avant vers la Catalano-angevine. Elle reculait devant la perspective de… Elle reculait devant lui, quand elle aurait voulu réduire la distance entre eux. Cependant, un obstacle de taille augmentait la distance entre eux, sans qu’elle le veuille vraiment.
   Cet aveu à peine voilé tombait sur le vicomte ; s’abattait sur lui, lui coupant presque la parole. Il n’avait aucune idée de comment se comporter à son égard. Elle semblait si distante, si froide à son endroit, et pourtant, elle avait commencé à s’ouvrir… Du moins, c’était ce qu’il lui avait sembler. Elle avançait pour mieux reculer dans la seconde qui suivait.
« Ton acte…
-Puisque tu veux en connaître les raisons, il valait mieux que ce soit moi plutôt que toi, lança-t-elle, malgré elle, sans donner plus d’explication et sans transition aucune ».
 Il retournait dans ses esprits ce que la marquise venait de dire : « il valait mieux que ce soit moi plutôt que toi. » Quel était donc le fardeau si lourd qu’elle pouvait porter en elle pour qu’elle souhaite perde la vie pour cela ? Pourquoi l’avoir tu pour mieux le lâcher, à présent, sans explication ? Elle avait avoué non pas ses motifs mais partie et elle restait toujours cette énigme, ce mystère profond et insondable, qui fascinait le jeune homme. Il avait une seule question mais il ne voulait pousser la duchesse à le lui révéler, tout en sachant que c’était probablement le plus sûr des moyens pour qu’elle le fasse. Ces paroles formaient comme une sorte de litanie dans son esprit. Une litanie profonde ; un écho douloureux. Pour une raison qui lui échappait, il se sentait coupable de l’avoir laissée prendre le trait à sa place. Il se sentait coupable de l’avoir laissée au bord de L’Autre Vie. Il se sentait coupable d’avoir pensé pendant un seul instant qu’il l’aurait abandonné à son sort. Pour peu, il se sentirait aussi coupable de l’avoir sauvé une fois de plus. Pourtant, il savait que son honneur et ses sentiments lui avaient soufflé la bonne attitude. Du moins, celle que l’on attendait de lui mais il n’était pas sûr de s’y reconnaître. Il n’était pas sûr que ce comportement soit celui de l’homme qu’une querelle opposait à la représentante d’une famille rivale. Mais il savait qu’il n’aurait pas pu abandonner la femme qu’il aimait. Quoi qu’il en soit, il s’était imposé comme éthique personnelle de ne pas délaisser celle qui tenait à lui et quelque soient les circonstances, il s’y tiendrait.

TBC


(1) Marranes : XVe-XVIe siècles ; Juifs d’origine ibérique officiellement convertis au Christianisme (mais qui pratiquent encore officieusement leur Religion).

(2) Ici, « pourquoi cela t’importe-t-il ? ».

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyDim 21 Fév 2016 - 16:04

Et voici la suite de cette deuxième partie.


Chapitre XIV : Aveux

Dans une tente, au bord de la lice, Kent, Angleterre

octobre 1573, 16h 38

 

    Elle se tenait devant le vicomte et elle était sur le point de livrer ce sur quoi elle avait gardé le secret pendant des années. Elle se sentait troublée à l’idée de devoir lui livrer de tels aveux et, par la même occasion, elle sentait devoir lui donner des explications. Prise entre deux feux, la marquise de Sorren avait perdu toute assurance. Un sentiment d’être surveillés par le duc de Kensington qu’elle savait en attente, au-dehors de la tente ne la mettait pas plus à l’aise. Mais elle sentait qu’elle pourrait faire confiance au vicomte, quoi qu’il se fut passer entre eux deux.

    Ses aveux se déversèrent, ensuite, en flots. Les persécutions de l’Inquisition qu’elle avait dû endurer au motif de sa confession juive. Sa conversion forcée à la Religion de son père naturel, le marquis de Sorren. De nouvelles persécutions sur suspicions de pratiques illégales du Judaïsme. Sa misère… Elle allait aussi avouer les extrémités à laquelle elle en était réduite mais elle s’arrêta, comme retenue par une force invisible. Cependant, elle évoqua seulement la mort dans le déshonneur de sa mère. Ses sentiments de vengeance furent, pourtant, garder secrets. Mais elle savait que Maximilien les découvrirait, un jour ou l’autre. Le Seigneur de Monte Sorello était pétrifié par de tels aveux. Il n’avait aucun mot, aucun mot pour tenter de la soulager, alors qu’il l’aurait souhaité. Il s’en voulait de se sentir sa confiance en elle vaciller, alors même qu’elle venait de s’ouvrir devant lui d’un passé insoutenable.
     A présent, il avait pu comprendre une part de ses mystères : elle avait elle-même déchiré le voile. Mais de manière réticente. Sa flétrissure l’accusait encore à ses yeux. Ses aveux… Sa sincérité… Sa simple démarche. Une seule chose l’intriguait encore, malgré ce que Julia lui avait avouer, il doutait encore du désintéressement de son acte dans la forêt d’Ashdown. Elle avait beau protester de ses sentiments pour justifier celui-ci, il soupçonnait encore une quelconque félonie cachée.
      « Des aveux d’un tel passé ne te suffise-t-il donc pas pour croire en une sincérité ? Si j’étais encore cette femme de l’ombre, t’aurais-je avoué une telle chose ? Que cherches-tu de plus pour pouvoir m’accorder confiance ? »
       Maximilien de Chambes ne disait rien mais il pensait en lui-même que si cela pouvait servir ses intérêts, la duchesse n’aurait pas hésiter à se servir d’un stratagème peu scrupuleux. Mais la Protestante qu’il avait connue, aurait-elle l’infamie de commettre de tels actes ?
 

 

 

 

 

Terres de Richard Derwill, duc de Kensington, Kent, Angleterre
14 juin 1569, le soir tombant
 

    Par un soir de quart-lune, Julia de Verdanne avait de nouveau croisé la route de celui qu’elle ne savait pas être le duc de Kensington.
    « Comte d’Harwell, le salua-t-elle, respectueusement, reconnaissant en lui le gentilhomme anglais qui l’avait sauvé.
   Celui qu’elle avait appelé de la sorte hésita un instant avant de lui répondre, comme si les paroles dont elle l’avait gratifié eussent été adressé à un autre.
   -Vous devez faire erreur, Madame. Je suis Richard Derwill, duc de Kensington, pour vous servir. Et je ne crois pas avoir l’honneur de vous connaître.
    La jeune catalane n’eut pas le courage de lui faire remarquer son procédé discourtois.
   -Julia Varella de Barcelone d’Ars, Princesse de Verdanne, se présenta-t-elle, dans un français teinté quelques notes de catalan.
   -Milady.
  -Ces marques de respect…, commença-t-elle.
  -Vous gêneraient-t-elle, Princesse ? interrogea le duc.
    Dans la question qu’il lui avait adressée, Julia sentait que le duc avait percé à jour qu’elle était sa situation. Elle sentait obligée de lui révéler qu’elle avait été… Du moins, en partie.
   -Ces titres furent, certes, en une époque ceux de ma famille mais ma naissance m’interdit d’y prétendre, répondit-elle, sous-entendant le statut illégitime de l’union de ses parents et la déchéance de noblesse qu’il avait subie pour des questions de confessions. Mais elle avait tu qu’elle avait été sa vie, après la mort dans le déshonneur de sa mère. Elle n’avait pourtant pas tu les persécutions de l’Inquisition.
 

Dans une tente, au bord de la lice, Kent, Angleterre
octobre 1573, vers 16h 55
 

   Les cahots de la charrette sur la route le jour où elle avait quitté la prison perdue dans le centre de la capitale… Puis elle avait évoqué ou plutôt étalé ce qui s’était passé un jour de mai 1570 sur la place de Grève, qui était à présent un symbole abhorré. Elle avait raconté le jour de pluie fine intermittente où le fer rouge avait marqué sa peau à jamais… Ces cris qu’elle n’avait pas pu retenir, devant la foule en délire. Ce flot d’aveux avait de quoi étonner le vicomte car l’instant auparavant elle était résistante à avouer ce qu’elle avait vécu. Elle continuait. Soudain, elle s’était interrompue et il lisait dans ses yeux, ce qu’elle avait voulu garder pour elle : le bourreau n’était pas seulement son protecteur mais aussi un homme qui avait abuser d’elle. Elle taisait sa souffrance mais son silence en disait bien plus qu’elle n’en voulait. Elle n’avait pas ajouté un mot de plus, Maximilien, pour autant qu’il n’avait pas vécu la même vie, comprenait pourtant les sentiments que la jeune aristocrate pouvait ressentir. Il aurait voulu pouvoir lui dire qu’il apportait son soutien mais cet aveu, cette flétrissure changeait quelque peu la donne. Il savait ce que cela signifiait : elle était accusée de meurtre, ce qui signifiait la peine de mort, si son passé était découvert.
   Mais il ne voulait pas être celui qui allait signer son arrêt de mort. Pourtant, il sentait qu’il ne pourrait taire ce qu’il venait de découvrir. Tiraillé entre les deux positions à adopter, il ne savait que faire, ni comment réagir. Il n’avait pas le droit d’abandonner la marquise, quel qu’est été son passé. Abandonner celle qui l’avait sauvé aurait été, pour lui, une infamie. Ils avaient tous les deux garder le silence. Julia de Verdanne ne voulait pas ajouter d’autres mots, sachant que rien ne pouvait la justifier. Pourtant, elle aurait voulu ne pas rester sans rien dire à Maximilien… ; se justifier, si elle le pouvait, s’il lui en donnait jamais l’occasion.
 

 

Une ville du Kent, Angleterre
Par une nuit de pleine lune de l’année 1570
 

     De nouveau, elle était dans l’obscurité, à guetter sa proie. Une proie d’une grande importance. Cependant, quand elle avait entendu son nom, elle avait eu des doutes… Quel qu’ils fussent, elle tentait, à présent, de les étouffer et de mener à bien cette mission, quelque que soient les conséquences. Lui semblait qu’elle avait commencé de laisser derrière elle la part de sa personnalité qu’elle voulait tellement abandonnée et, pourtant, elle n’éprouvait aucun soulagement à cette idée. Ces pétales de roses noires qu’elle dispersaient étaient comme des parties d’elle-même, abandonnées dans les ruelles étroites. Ces tâches sombres tranchant et s’alliant avec le liquide pourpre de ses victimes.
    Dans l’angoisse et dans les doutes, elle scrutait les horizons pour apercevoir sa cible. Des pas de chevaux se font entendre dans le silence de la nuit. Il lui semble reconnaître le son des sabots sur les pavés. Et l’étonnement se dessine sur ses traits, accentuant les doutes qu’elle avait jusqu’à présent. Le cavalier se rapproche. Elle distingue un morceau de cape et la selle de cuir, frappée aux armes d’une famille qu’elle connaît.
    Richard Derwill, duc de Kensington ! Celui qui serait sa victime était Richard Derwill, duc de Kensington ! Son propre fiancé, l’homme dont elle portait probablement l’enfant ! La surprise la prit, soudainement, accompagnée d’une sorte de panique. Sans se demander quoi que ce soit de plus, elle disparût des ruelles de la ville. Sans laisser de traces. Pas même un indice de sa présence de ce quartier.
TBC

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyMer 24 Fév 2016 - 22:32

Et voici le chapitre suivant. Désolée pour l'attente, il m'a pris plus longtemps que prévu.

Chapitre XV : Je le feray

Un champ de bataille dans les Flandres, Nord de la France
Fin novembre 1573, en plein jour


  Les éclats de lames et de la poussière, mêlée à de la poudre à canon, qui volait, parmi lesquels le vicomte de Montsoreau croyait apercevoir par intermittence un visage. Son visage ; un visage qu’il n’arrivait pas à oublier. Elle occupait ses pensées, ses souvenirs, ses nuits. Dans le regard implorant de chaque soldat qu’il égorgeait, il revoyait le regard implorant qu’elle avait eu à l’égard du bourreau, quand elle l’avait soustrait à la rage exterminatrice son fer, un mois auparavant.
  Il versait le sang des Seigneurs protestants, imaginant que chacun d’eux aurait pu être un père de substitution, un frère ou un cousin de la marquise. Les seuls remords qui le prenaient n’était pas de se battre pour sa Religion mais de blesser possiblement Esther. Il ne savait plus qui était ses ennemis de ses propres sentiments et de ses devoirs d’aristocrate catholique. Servir la monarchie, sa Religion contre lui-même, contre ce qu’il éprouvait pour l’héritière des Sorren… Il ne se sentait pas la force de trahir, en quelque sorte, la femme dont il était épris. Mais il ne se sentait pas non plus la force de trahir son roi. Entre deux allégeances vers où pencher ? Que le déciderait ?
  La plaine de Flandres était un royaume de carnage où régnait un amoncellement de corps couverts de poussières et des charniers surchargés. Sur les blessures suintantes encore ouvertes, des corbeaux noirs venaient se poser, en croassant. Les agonisants… Le soleil déclinant, les ferraillements se faisaient de plus en plus intenses. Et sa rage, également. Le vicomte de Montsoreau fendait les rangs de ses adversaires, monté sur son étalon noir, rapière en mains. Jusqu’à la nuit la plus totale, la bataille continuait à bouiller. Maximilien semblait trouver dans ce combat une sorte d’exécutoire à ses contradictions, à ses doutes, à ses hésitations.
  Quelques instants après, alors qu’il venait de mettre à bas son adversaire et qu’il lui plantait sa lame dans son bas-ventre, il se prit à murmurer, à la fois, comme un cri de guerre pour se donner courage et comme une promesse à Esther, la devise de sa famille.
 « Je le ferai. »
 L’assurance avait percé dans sa voix. Mais il savait entrer en un domaine inconnu, n’ayant idée des chemins que cette promesse le pousserait à emprunter. S’il ne savait pas vraiment à quoi il s’était engagé mais il savait qu’il ne reculerait pas devant cet engagement quel qu’il soit et quelque dur qu’il puisse être. Et quelques puissent être les conséquences du comportement qu’il allait adopter. S’il regrets il y avait, ce n’était pas le geste qu’il allait commettre qui en était cause mais bien plutôt le comportement qu’il avait adopté vis-à-vis de la Catalano-française. Ce regret qui l’avait poursuivi durant tout son voyage vers le Nord de la France, durant les jours qu’il avait passé loin d’elle. Et qui le rongeait encore. Le rongeait avec une force qui le déstabilisait.


La campagne des Flandres, France du Nord
Une nuit de fin novembre 1573



  Dans la nuit, qui s’était abattue sur les plaines de Flandres, ne perçait aucune lune. Dans sa nuit intérieure, pas plus de lune. Les rayons de lune de son obscurité étaient loin de lui et il avait choisi cette situation. Il n’avait pas tout avoué concernant son départ pour les Flandres à la marquise de Sorren ; il lui avait caché son accord avec le Roi. Il avait gardé pour lui qu’en échange de sa participation aux combats flamands, il n’encourait aucun châtiment pour avoir brisé un édit interdisant les duels sans accord du Souverain. Pour échapper à ses tourments, il courait dans la plus totale obscurité, n’ayant cure de retomber dans d’autres tourments.
   Il lui importait de retrouver les traces d’Esther, quoi qu’il dût endurer pour avoir désobéi à un décret royal. Qu’il se fasse arrêter…  Qu’il encourt une peine capitale… Peu lui importait. Les seuls de ses gestes qu’il regrettait, à présent, était de l’avoir abandonnée ; d’avoir essayé de fuir ce qu’il éprouvait pour elle ; de l’avoir blessée de quelque manière que ce fut. Songer qu’elle ne saurait lui accorder sa clémence ; qu’il ne pourrait s’amender en quelque manière qui puisse être, le torturait. Il fuyait en avant, sans se retourner, sans penser à quoi que ce fut d’autre que son retour. Retourner en arrière aurait signifier son arrêt de mort, quoi qu’il en soit. Ne pas se retourner. Sa promesse résonnait encore à ses oreilles.
 « Je le ferai. »
 Un écho que rien ne pourrait faiblir. Un écho qui se répétait, inlassablement. Un écho qui se faisait un rappel, un douloureux rappel. Un écho ; une apologie (19) . Ou une tentative. Une litanie sans fin. Plongé dans ses pensées, dans ses remords, il continuait sa route, sans que rien ne puisse le détourner.
 

En lice, Kent, Angleterre
Octobre 1573, 17h 16



 Un héraut annonça le début du tournoi. L’étalon noir à balzanes blanches du vicomte de Montsoreau entra en lice, à l’annonce. Les sabots de sa monture remuaient, impatiemment, le sable de la lice, quand il se présenta devant la tribune dans laquelle se trouvait la marquise.  Celui-ci jeta un regard inquiet sur le cavalier. En voyant s’approcher le bourreau, dont le panache rouge flottait au vent, de l’autre côté de la lice, elle trembla imperceptiblement. Les deux hommes abattaient leur lourde lance de bois, de chaque côté de la tribune.
  La duchesse tente d’oublier la présence du bourreau et laça un ruban blanc et jaune – ses couleurs – autour de la lance de bois teintée que lui présentait Montsoreau. Un échange de regards significatifs, avant que les deux adversaires ne paradent quelques instants et ne se mettent en lice. Un éclat de poussière ; un choc sourd des lances contre les deux écus brandit par les combattants. Le bourreau est à moitié désarçonné, lâche son écu plaine de sable . Le cheval du vicomte retourne se mettre en lice. Second choc sourd, qui fait mordre la poussière à l’arrogant. Choc métallique de l’armure contre le sol.


*


    Le son de la trompette du héraut. Le duc de Kensington se présente sur la lice. Un regard indéchiffrable de Julia vers Richard Derwill se porte ensuite vers le vicomte de Montsoreau. L’angoisse s’y était logée, pendant une fraction de seconde. Elle est, par la suite, remplacée par une réjouissance fugace. Elle voudrait le prier de se retirer mais elle se sent retenue par un sentiment étrange. Elle ne voudrait pas interférer, même si elle peut deviner l’issue de l’affrontement qui va suivre.
 « C’est folie ! Renonce… , murmura, malgré elle, la marquise de Sorren au vicomte, dont la monture s’apprêtait à faire demi-tour.
  -Il n’est de folie que la lâcheté, répliqua-t-il sur le même ton, avant d’éperonner son étalon.   Dans le couloir opposé à celui où attendait le duc - fier dans son armure argentée, son casque à panache blanc et jaune teinté de légers reflets bleutés et abhorrant son écu plaine de sable (21) - se présenta le vicomte de Montsoreau, rayonnant de sa victoire. Eclatant dans son armure blanche rutilante, qu’il avait fait astiquer par son écuyer. Tenant sous bras son heaume à panache bleu, il l’enfila, quand le duc se trouva à sa hauteur.
 Au premier assaut, aucun des deux jouteurs ne parvint à mettre à terre son opposant. Le second fut tout aussi indécis. Au tierce (21) , le duc mit à bas le vicomte de Montsoreau, lui fichant involontairement un éclat de lance dans la jambe. Maximilien heurta violemment le sol, dans un bruit mat. Observant la chute du futur comte, Esther se sentit au bord de la pâmoison. Le cavalier aux armoiries plaines sauta à bas de son destrier.


Dans une tente, en lisière de la lice, Kent, Angleterre
Octobre 1573, 17h 20



  Dans sa demi-conscience, Maximilien de Montsoreau avait aperçu le duc de Kensington venu lui rendre visite. Son physicien (22)  personnel avait été dépêché par le Seigneur de Derwill pour s’occuper du descendant de la lignée des Chambes. Le regard du duc se porta, automatiquement, sur les poings serrés du jeune homme. Il y reconnu les couleurs des Sorren sur les chutes de tissus que le Catholique gardait jalousement prêt de lui. Aucune discussion entre eux mais en regardant  dans les mains de Montsoreau, lequel sombrait de plus en plus, le duc avait compris la nature des liens qui unissaient le Français et sa femme… Il avait gardé le silence mais cette trahison de la part de la duchesse ne l’affectait pas moins que celle qu’elle avait commise des années plutôt en lui dissimulant sa véritable identité. Kensington s’enquérit, pourtant, de l’état de Maximilien auprès du chirurgien, qui ne sut se prononcer sur les chances qu’avait  le vicomte d’en réchapper. La nouvelle aurait pu réjouir Richard de Kensington. Néanmoins, il souffrait pour Esther. Il ne pouvait s’empêcher de penser à sa douleur si le gentilhomme d’Anjou ne survivait pas à ses blessures. Il ne pouvait s’empêcher de penser à sa réaction si elle apprenait que lui, son mari, était la cause de la mort de son amant. Il avait beau se convaincre ne plus avoir le moindre sentiment pour elle ; qu’ils avaient disparus avec leur fils mort-né, il ne pouvait nier qu’elle le perturbait encore autant qu’en ce jour où il avait croisé sa route pour la première fois, dans son propre domaine. Et comment oublier une telle apparition ? 


 19 Ici, « excuse »
 20 Vocabulaire de l’héraldique. Le sable correspond au noir et plaine sert à désigner un écu d’une seule couleur.
 21 « au troisième »
22 Ancienne appellation de docteur ; synonyme de chirurgien.
TBC

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyJeu 24 Mar 2016 - 14:26

Bon sang! J'ai pris un mois pour écrire ce foutu chapitre!!! Je suis désolée de vous fait attendre autant... Sinon, le voilà et j'espère qu'il vous plaira.

Chapitre XVI: Sa foi; la loi
 

Quelque part dans les Flandres, Nord de la France
Fin novembre 1573
 

   Dès le petit matin, des unités avaient été envoyées pour battre la campagne, à la recherche du capitaine Chambes de Montsoreau, que l’on disait disparu.
   « Disparu ?! s’était à moitié étranglé le commandant de la division, quand on lui avait apporté la nouvelle. Un capitaine des Gardes Royaux ne disparaît pas de la sorte ! Retrouvez-le-moi ou vous répondrez de ses actes à sa place !
    -Commandant, salua respectueusement l’aide de camp du vicomte, faisant mine de se retirer, discrètement. 
     -Qui vous a donné ordre de disposer ? interrogea le commandant, remarquant son mouvement. Je n’en ai pas encore fini avec vous !
     La dernière phrase du commandant avait retenu l’aide de camp qui fit marche arrière.
 

 

 

Une clairière dans les terres de Kensington, Kent, Angleterre
Début de l’année 1571, au crépuscule
 

    La silhouette d’un cavalier se découpait sur l’horizon ; dans le lointain ; dans le crépuscule naissant. Il avait détourné le regard, ne tolérant de voir le fer prêt de trancher le fil des jours de la femme dont il était épris. Pourtant, il savait en lui-même que la loi commandait le geste qu’il laissait exécuter. Quant à sa foi, il ne savait où la placer… Que Julia ait pu lui laisser croire qu’elle n’avait rien à avoir avec la Rose Noire, quand les faits le démentaient tragiquement ! Et il avait encore tourné à bride abattue pour ne point assister à son dernier souffle, alors qu’il l’avait condamnée ; alors qu’il doutait de la confiance qu’il pouvait accorder à son homme de mains. Le cavalier avait vu le fer s’abattre sur la Catalano-française. Cela lui suffisait. Il n’avait pas la force d’en endurer plus.
   La lame avait brillé à quelques pouces de la nuque de Julia Varella. Mais au lieu de s’abattre sur elle, dans un claquement léger, elle s’était abattue au sol. La duchesse observait celui qui aurait dû être son bourreau, laissant voir son étonnement. L’homme avait alors tourné son regard dans sa direction avant de briser le silence.
    « Vous devriez quitter l’Angleterre, définitivement, Milady.
    -Pourquoi vous mettre hors-la-loi pour moi une seconde fois, après ce à quoi vous vous êtes exposés pour votre action en place de Grève ? s’étonna Julia.
    -Que peut-il y en avoir d’étonnant dans le fait que ma foi aille contre la loi, quand cette dernière implique le crime de priver une femme du jour ?  Pour être fidèle à mes convictions, peu me chaud de risquer ma vie, tant que vous gardez la vôtre. Quant aux motifs personnels qui peuvent m’avoir poussé dans cette extrémité, il ne vous appartient pas de les connaître.
   -Par deux fois…
   -Je vous ai sauvé la mise ! Cela seul devrait vous importer !,  l’interrompit-il.
   -Ce faisant, vous bradez [url=file:///C:/Users/alixp/Documents/La Rose Noire de Barcelone.docx#_ftn1][1][/url] des lois que vous devez faire respecter ! lança la fugitive, en disparaissant sans laisser de trace quelconque. »
   Elle avait laissé le spadassin esseulé et perplexe devant ses paroles. Elle aurait dû lui être reconnaissante de ne pas avoir exécuté les ordres du duc mais elle était partie, soudainement, avec pour seules ultimes paroles des mots qui laissaient sous-entendre qu’elle aurait préférée être exécutée…
  

Place de Grève, Paris, France
Mai 1570, fin d’après-midi
 

     Julia gisait sur les pavés détrempés de la capitale. Ses vêtements blancs déchirés laissaient voir la marque infâmante qui lui brûlait l’épaule droite. Elle ignorait la pluie qui ruisselait sur ses blessures et cette flétrissure dont elle ne pouvait supporter la vue. Elle a aperçu une ombre, qui se glissa dans sa direction. Son premier réflexe fut de se reculer, de se replier dans un coin d’obscurité naissante.
   « N’ayez crainte, murmura le nouveau venu, se rapprochant d’elle. »
  Elle resta muette. Pétrifiée, elle avait laissé l’homme s’accroupir à ses côtés. Il pouvait voir la flétrissure mais elle n’avait pas la force de la dissimuler aux yeux de l’inconnu. Au lieu de se retirer, elle porta ses regards sur le blason plaine de sable tissé sur son épaule droite. Le duc… L’homme faisait partie de la maisonnée du duc. Elle ne savait si l’appartenance de son interlocuteur devait la rassurer ou devait l’inquiéter. Sa réaction s’il voyait la fleur de Lys imprimée dans sa chaire lui importait peu. Mais elle avait le pressentiment qu’il se tairait sur ce fait.
   La voix chaude qui lui parlait était, pourtant, douce. Et prévenante. La fleur de Lys avait sauté aux yeux de l’homme mais il prenait sur lui pour l’ignorer. Evitant tant qu’il pouvait les séquelles physiques que la flétrissure et les gestes du bourreau lui avaient laissé, il la porta. L’étonnement se lisait dans les yeux de la Catalano-française.
  « Quelques soient vos raisons, je vous suis reconnaissante, laissa échappée la Rose Noire de Barcelone.
   -On vous le doit.
   Ce fut la seule réponse que la jeune fugitive avait pu obtenir de la part de son sauveur. Qui était-il ? Parlait-il de lui ? De son maître ? Quels motifs avaient vraiment poussé ce colosse froid à se porter à son secours ? Des questions se pressaient dans son esprit, sans qu’il ne semble disposer à lui donner des réponses.
    -On ? Quelle utilité de faire mystère sur ce qui tourne autour de votre action ?
    -Vous devriez rester en dehors de cela. Pour votre sécurité, répliqua-t-il, sur ton vague. »
    L’envoyé du duc répondit de mauvaise grâce à Julia de Verdanne. Ses réponses vagues ne faisaient qu’ajouter aux filets brumeux dans lesquels l’aventurière se sentait prise. Des filets qui lui en rappelaient d’autres. Ceux qui s’étaient abattus sur elle, dès que le bourreau avait imprimé au fer rouge cette fleur de lys qu’elle exécrait par-dessus tout. Les filets de son ancienne vie. Ces filets qui évoquaient trop de sombres jours. Un pan de son existence, qu’elle aurait voulu oublier.
 A ces histoires de ténèbres, elle aurait souhaité ne pas penser. Mais celles-ci occupaient ses esprits, sans qu’elle puisse trouver paix ou qu’elle puisse, du moins, atténuer l’effet fourbe de ses souvenirs.
TBC



[1] A le sens « d’aller contre », dans ce contexte.

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyVen 27 Mai 2016 - 16:37

Donc, le chapitre suivant. Et je m'excuse de vous avoir fait attendre autant...

Chapitre XVII : Improbable allié et inavouables raisons 

Manoir du duc de Kensington, Kent, Angleterre
Le 24 août 1570, après 9 heures


  L’homme de main du duc avait fait ce que l’on avait demandé ; retrouver la duchesse qui avait disparue. Mais il ne s’était attendu à la retrouver en place de Grève, l’épaule dextre marquée d’une fleur de lys et dans l’état dans lequel elle était quatre mois auparavant. Pourtant, il savait qui elle était ; il savait ce que lui avait fait subir son frère, par vengeance. Il savait pour le petit duc mort-né et les conséquences de cette perte sur Julia. Il savait qu’elle aurait pu attenter à la vie du duc -  il ne savait rien de sa tentative abandonnée pour le supprimer – mais il avait fait le choix d’apporter son aide à la Rose Noire, quoi qu’il put lui en coûter. 
  Soudain, il s’était pris à demander lui-même pourquoi il n’avait pas avoué à la jeune Hispano-française ses raisons. Il avait voulu se convaincre que la justification qu’il lui avait donnée était la bonne : pour sa sécurité…Il avait lu dans ses yeux qu’elle mettait en doute sa sincérité. Mais il y avait sans doute une part de vrai : il ne voulait pas la mêler à ces querelles avec son frère, avec l’homme qui avait abusé d’elle. Une Vendetta personnelle et elle en était la clef. Il ne voulait pas lui avouer que cet allié improbable pour qui elle le prenait avait d’inavouables raisons de se comporter de la sorte à son égard. 

*
   

  Quand le duc en personne s’était présenté pour remettre son dû à son homme de main, l’intéressé avait fait mine d’éluder les questions embarrassantes du gentilhomme.
    « Il ne sied guère que vous sachiez les circonstances dans lesquelles j’ai retrouvé la duchesse. Je puis seulement vous dire qu’elles sont tout aussi déshonorantes pour elle que pour vous. Il faudrait mieux que vous ne les connaissiez ; vous savez comment les nouvelles voyagent sur vos terres, Milord. 
   -Je vous ai payé pour retrouver ma femme, Charles, et non pour me refuser des informations que je vous demande ! »
    Devant les yeux de l’exécutant, dansaient la fleur de lys au fer rouge et la corde pour haute trahison s’il restait silencieux sur l’identité de la duchesse ; sur la scène à laquelle il avait assisté en place de Grève. Et il restait silencieux ; d’un silence marmoréen , impénétrable. Il venait de choisir son camp.

 Esther de Sorren 
Angleterre
Novembre 1573, 6h


  Après le départ de Maximilien, j’avais passé des nuits à arpenter les moors, sans savoir ce que j’attendais et sans pouvoir me résoudre de le suivre ou de m’éloigner encore plus de lui. Pourtant, une sorte de voix me poussait dans sa direction, me soufflant de trouver moyen de le rejoindre dans les Flandres. Si j’avais tenté de lui résister tant soit peu, j’avais bientôt laisser cette voix avoir raison de moi. Et sans presque m’en rendre compte, j’avais atterrit dans un port anglais. Sur un quai, le regard dans le vague. Dans des pensées que j’eusse aimé ne point me remémorer. Des pensées… De sauvages pensées qui m’assaillent sans merci. 
    Je ne m’étais pas attendu à avoir devant moi l’homme de la place de Grève, celui qui avait exécuté la sentence. Pourtant, celui qui m’accueillit sur le quai fut le bourreau de Kensington. La semblance avec mon sauveur ne m’avait guère frappée jusques là mais, à présent, que le bourreau se tenait devant moi à visage découvert, elle me sautait, cruellement, aux yeux. 
 « N’y pensez même pas, Milady ! Ce que vous vous apprêtez à faire signifie votre perte assurée, me prévint l’homme de noir vêtu. 
J’avais, à peine, prêter attention à cette réplique de l’homme encapuchonné et pourtant, je savais qu’il avait, sans doute, raison. Ce que je n’arrivais pas à déterminer était ses intentions… Attendait-il que je plonge dans ma perte ? Etait-ce un avertissement de courtoisie ? Ou se souciait-il réellement de ma sécurité ? Pour une fois, je ne pouvais le percer à jour.
 -Elle est sans doute déjà signée. Alors, peu me chaud ! renvoyais-je d’un ton désinvolte et laissant reparaître brièvement un léger accent espagnol, que j’avais toujours tenté de réprimer.   
  Sa sincérité longtemps retenue finit par exploser, lorsque le bourreau ne put s’empêcher de me lancer, sur un ton sans doute hypocrite :
   -Je vous conjure de ne point vous y enfoncer plus, quand vous en avez la possibilité ! »



Kent, Angleterre
Novembre 1573, 8 h 23


  « Je me suis suffisamment compromis pour vos beaux yeux, Milady !
  Sa réponse avait cinglée, impitoyable. Mais, je l’avais attendue, en quelque sorte. Après tout, il avait le droit de me refuser son aide lorsqu’il s’agissait de retrouver l’homme dont j’étais éprise sans me l’avouer. Et je ne savais comment convaincre Charles de s’impliquer dans une affaire plutôt personnelle, alors qu’il ne semblait avoir aucun motif de retrouver Maximilien.  La disparition de celui-ci semblait même lui être, profitable, au vu de ce regard qu’il lançait.
   -Se compromettre ? Il n’en n’est nullement question ! Je vous demande, comme un service, de retrouver le vicomte de Montsoreau.
   J’étais sur le point de l’implorer. Pourtant, je ne voulais pas trahir mes sentiments envers l’homme qui savait ma seconde identité tout autant que je ne voulais pas laisser voir que j’étais la Rose Noire à un homme qui avait choisi de faire fi de cette part de ma personnalité.
  -Un papiste, sans doute ?! Vous êtes prête à risquer votre vie et la mienne pour sauver un hérétique, alors que vous savez ce que ça implique ! cracha-t-il avec mépris.
  Je ne savais que trop ce que cela impliquait d’être convaincue  d’hérésie et je n’y tenais pas spécifiquement mais mes sentiments semblaient avoir le dessus sur la Raison et des conflits de Religions. L’homme qui avait disparu était, pour moi, un proche et sa confession n’entrait pas en ligne de compte ou si peu. 
  -Vous semblez connaître ma vie assez pour avoir connaissance de ces jours où… » 
J’avais suspendu ma parole. J’avais lu dans ses regards qu’il savait… S’il ne les comprenait, il savait quelles persécutions j’avais subies et, sans doute, pour quelle cause. Il savait dans quoi j’allais plonger volontairement pour retrouver le futur comte mais il ne savait pas mes raisons. Quoi qu’il en soit, je ne pourrais dire qu’il se fourvoyait en me conseillant de ne pas plonger dans telles souffrances. Entre l’honneur, les sentiments, la hantise des persécutions et la perspective de revivre une part de ce qui avait été mon passé, rien ne saurait me décider. Souffrances pour souffrances, les causes de celles-ci n’importaient plus. Pas à mes yeux, à tout le moins. Pour le retrouver, j’aurais encore souffert mille fois l’enfer par lequel j’étais passé. Le désert ; la solitude… 


*

Un souterrain secret
28 Novembre 1573, la nuit tombée


   Des voûtes d’une pierre obscure les accueillirent de ses courbes rassurantes et comminatoires (27). A l’abri des regards indiscrets, sous le seul regard de la Rose Noire. L’archer d’Ashdown, agenouillé, s’apprêtait à établir un plan contre le vicomte de Montsoreau. Cependant, à peine le nom de Maximilien s’était-il échappé de ses lèvres, qu’une autre voix s’éleva contre lui. Il dirigea ses regards en direction de l’intervenante et croisa les yeux de celle-ci, sous son masque. Elle s’était trahie d’elle-même ! Ses regards lui apprenaient clairement ce qu’il soupçonnait. 
   « C’était donc vous dans la forêt d’Ashdown, Rose Noire ! s’exclama-t-il, faisant preuve d’une fausse surprise. Je vous aurais cru plus fidèle à notre cause ! ajouta-t-il. 
    Les autres conjurés qui, au départ, discutaient, s’étaient soudainement arrêtés quand l’exclamation de l’archer d’Ashdown avait fusée et résonné sous les voussures. 
   -Epargnez-moi votre étonnement de façade ! Vous étiez le bourreau de Julia de Verdanne, ne me faites pas croire que vous ignorez tout de sa double identité ! répliqua l’intéressée.
   -Qu’est-ce qui aurait pu me laisser croire que des feux interdits arrêteraient votre main ?
   -Qu’est-ce qui aurait pu vous laisser croire que j’étais à ce point inflexible que j’aurais assassiné de sang-froid celui pour qui j’ai des sentiments ?
    -Pour la même raison que vous étiez prête à mettre fin aux jours de celu a qui vous étiez liés par des liens si puissants qu’ils l’interdisaient !
    -Et, pour la même raison que je ai laissé vie sauve au duc, je ne pourrais porter la main contre le vicomte !
   -Vous êtes perdue, alors ! »
   La Rose Noire fit un geste désinvolte, avant de tenter de se retrouver la sortie du souterrain. Derrière elle, elle pouvait entendre les pas de ses anciens complices qui la poursuivaient, faisant voler la poussière dans les corridors déserts. Un escalier se présenta à elle. Une lumière douce qui filtrait par les barreaux de la grille de fer. Elle se retourne pour voir si les sbires ont suivi la même direction qu’elle. Des voix se rapprochent.
  « Retrouvez-là ! »
  Elle détale par la grille, ouverte avec difficulté. L’air frais. La luminosité de la lune. Un avant-goût de la liberté. Ou du sort prochain qui l’attend, si les conjurés remettent la main sur elle. Y penser la ramène en un autre lieu, dans ses souvenirs.  Ce qu’elle avait subi. Elle revoit une robe longue robe de bure noire. Un visage qui avait appartenu à son passé. Un passé qui lui avait coûté. Une marque au fer rouge. Une vie persécution. L’Espagne chrétienne qui luttait contre les hérésies de toute sorte, sans avoir besoin de preuves. Un monde où innocence et culpabilité n’étaient pas si différentes l’une de l’autre. Impitoyables. Inflexibles. Pour le retrouver, elle allait vers son destin, sans se poser de question. Elle était prête à plonger derechef dans les mêmes souffrances sous lesquelles elles avait cru plier. Pour lui. Pour eux. Elle supporterait plus des souffrances physiques que les tourments moraux auxquels l’absence du vicomte l’avait condamnée. 
 Disparaître dans la nuit, tant que faire se peut. Accablée par des souvenirs brûlants. De souvenirs qu’elle ne voulait pas oublier, malgré ce qu’elle avait subi. Spirale infernale. Et interminable qui s’ouvre.

27: menaçantes

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyDim 28 Aoû 2016 - 20:39

OMG! On dirait que ce chapitre m'a donné du mal... Razz Je m'excuse de ce retard, pour commencer... Ensuite, je ne puis que vous souhaiter une bonne lecture de ce chapitre. Je ferais au mieux pour le chapitre XIX mais je pense qu'il n'est pas loin de son état final.


Chapitre XVIII: Leurs filets


 

Barcelone, Catalogne, Royaume d’Espagne
Année 156..
 

   Une rafale de vent. Une pluie battante. Des pas non assurés sur les routes trempées du Royaume espagnol. Un jeune visage dissimulé par une robe de bure. Tout avait commencé quand un limpeza de sangre [1] avait été refusé à la famille Varella sous prétexte que la judéité cachée de la famille avait pu être tracée par le Saint-Office [2].
    Dans la nuit, dans la brume, échapper à leurs filets, s’il y avait une chance. Si avouer pratiquer une religion oubliée depuis des générations dans la famille pouvait être évité… Mais l’appartenance à cette confession avait été prouvée. Prouvée ? Un mot qui signifiait sans doute aveux forgés ou extorqués sous la torture à un proche de la famille ou à quiconque d’autre. Mais que comptait, à présent ? [3] S’ils la retrouvaient, Julia passerait elle aussi à la Question. Elle ne saurait affirmer si elle aurait la force de nier un fait dont on aurait pu la déclarer innocente.
 

*

     « Julia Varella ? tonna un agent de l’Inquisition, visage découvert contrairement à son habitude.
  L’angoisse s’était dessinée sur les traits de l’adolescente, retranchée dans un coin de rue proche.
   -Vous vous adressez à la mauvaise personne, mon père, je ne connais personne de son nom... tenta son interlocuteur.
    Aux seuls mots de l’Inquisiteur, celle que l’on connaissait sous le nom de Julia [4] pâlit. Elle pouvait sentir la présence de l’Inquisiteur et les paroles de son interlocuteur. La crainte l’avait saisie que l’homme ne plie sous l’interrogatoire et ne finisse par la trahir.
   -Je ne vois pas de qui vous voulez parler… insista le commerçant, feintant, au grand soulagement de la jeune « hérétique ». »
   Elle n’attendit pas que l’envoyé du Saint-Office ait laissé son ire éclater et s’était fondue dans la masse des passants. Une sécurité sans doute fragile… Le Tribunal Ecclésiastique avait le bras long, des contacts, des sources… Illusoire de tenter de leur échapper… Mais se rendre équivaudrait à signer son propre arrêt de mort. Se contraindre soi-même à avouer des faits dont on était, sans doute, innocent. Jamais, ils ne laissent le doute planer et, quand bien même cela aurait été, la seule issue était la condamnation.
 

 

 



Geôles de la Sainte Inquisition, Royaume d’Espagne
1566, par un soir de lune déclinante
 

             A peine protégée par un fin tissus trempé de son sang, recroquevillée dans un coin sombre, ses mains enlaçant ses genoux, Julia avait le regard vide. Prostrée, elle écoutait attentivement et sursautait à chaque bruit suspect. Elle n’avait pas cédé, malgré les tortures ordonnées par l’Inquisiteur en poste, Diego de Espinosa. Alors qu’elle avait entendu les autres détenus prier, supplier, pleurer, hurler. Les cris de douleur. Les faux aveux pour sauver sa vie. Une phrase qui revenait souvent dans la souffrance : « Quelle vérité ?! Dites-le moi ! » Elle résonnait sous les voûtes des geôles de manière infinie.
           Des prières qui avaient fait leur chemin dans l’esprit de la jeune captive, presque jusqu’à devenir les siennes propres.  Mais elle restait toujours stoïque, aussi muette que les barres de fer qui lui interdisaient la voie de la liberté. Aussi inflexible.
           « Epargnez-vous des souffrances inutiles ! Confessez ! hurla l’agent du Saint-Office, dans un regard adressé à Julia. »
          Pour peu, elle aurait cru lire une once de compassion dans cette voix, s’il n’y avait eu ce sourire à glacer le sang dessiné sur les lèvres de son tortionnaire. Dans une cellule voisine, elle avait entendu le détenu jurer « je suis innocent » en dialecte catalan. Elle frissonna brièvement à imaginer le sort qui allait être réservé à cet homme. Elle n’eut pas le temps de penser plus avant : un coup de pied de l’Inquisiteur lui avait coupé le souffle. Bientôt, elle gisait sur le sol de pierres froides, le moine-enquêteur penché dans sa direction, un air satisfait illuminant son visage.
         L’infortunée retient une imprécation à l’encontre de l’homme en bure, avant de sombrer dans un état second. Entre rêve et réalité ; ni mort, ni inconscience. La douleur irradiait encore dans son corps, alors qu’elle ne pouvait éprouver aucune autre sensation. La vue brouillée, elle n’avait pas la force de se lever. Elle n’avait plus la force de quoi que ce fut. L’homme d’Eglise eut-il posé une question, qu’elle ne savait si elle aurait continuer à lui tenir tête ou si elle aurait avouer… Tout, pourvu que cette torture cesse. Elle ne pouvait plus que penser ces mots, encore et encore. Pourtant, elle se doutait qu’il n’en resterait pas là.
         Douloureusement, elle s’était recroquevillée afin de parer au prochain coup. A l’affût, elle attendait qu’il frappe, à nouveau. Le silence était presque aussi glacial que le sol où elle était étendue, tétanisée. Mais elle n’y prêtait pas la moindre attention. Sa situation était, de jours en jours, plus insupportable mais elle s’y était habituée, en quelque sorte. Ce silence oppressant faisait partie de sa vie. Qu’il s’achève ou ne s’achève pas, lui était de moindre importance. Seul voir la lumière revêtait une importance plus pressante que les autres. Pour le reste de raison qu’il lui restait, elle aurait voulu revoir l’air libre. Pour le reste de force qu’elle avait en elle, elle ne voulait pas les gâcher derrière une porte presque éternellement enclose.
        Le noir le plus total tomba, à présent, au travers des barreaux de la cellule et dans le cœur de la jeune fille qui semblait avoir perdu tout espoir que cela cesse un jour. Elle ne pouvait plus voir la satisfaction se peindre sur le visage de l’envoyé de l’Inquisition sans éprouver une intense envie de vomir et sans se laisser envahir par une aversion profonde pour sa situation et pour ce geôlier incommode qui passait le plus clair de son temps à prendre plaisir à la voir souffrir.
 

 

 

Une chaumière isolée, Douvres, Kent, Angleterre
Année 1573, milieu d’après-midi
         Le visage de son accusateur avait frappé la jeune femme. Des réminiscences… Toujours le même homme. Il la poursuivait, comme son ombre. 
         Désespérée, elle s’était prise à murmurer la phrase qui l’avait déjà trahie.
        « Aller vers l’obscur et l’inconnu par ce qui est plus obscur et inconnu encore. »
        Une devise alchimique. Il n’avait fallu que des mots pour vendre l’adepte de Paracels aux tortionnaires de l’Inquisition. Pour la seconde fois. Alors qu’ils avaient disparus de sa vie pendant une bonne décennie, ils faisaient leur retour sur une maladresse de sa part. Et une délation de l’homme sans identité.
     A penser qu’elle était retombée dans leurs filets parce que le bourreau de Kensington avait dénoncé sa prétendue conversion au Protestantisme et ses pratiques secrètes du Judaïsme ; qu’il l’avait fait passer pour une pratiquante de la magie noire et vendue comme versant dans l’alchimie par pure envie de vengeance à son égard et de l’humilier encore d’avantage, elle s’était sentie sur le point de défaillir.
         Ce furent les ultimes propos de l’homme de l’ombre qui l’achevèrent plus sûrement que toute autre action qu’il aurait pu tenter contre elle ou que toute autre parole qu’il aurait pu lui cracher à la figure.
        « Vous payerez pour avoir assassiné votre propre fils, duchesse ! éructa-t-il.
        -Pure calomnie ! se défendit Esther de Sorren. »
       Un mauvais sourire sur les lèvres de son bourreau. Elle ne pensait pas à supplier plus avant. Elle savait quel sort l’attendait et elle l’acceptait. Elle savait que le choix ne lui appartenait nullement.
    

*

Douvres, Kent, Angleterre
1573, quelques minutes auparavant
 

     Les hommes envoyés par l’archer d’Ashdown avaient arpenté les territoires anglais puis avaient décidé de passer en France pour remettre la main sur la Rose Noire et son amant. Elle avait, pourtant, réussi à leur filer entre les doigts, une nouvelle fois…
    Esther de Sorren avait visité les ports de la côte anglaise, à la recherche d’un individu qui aurait des nouvelles du vicomte de Montsoreau mais sans résultat. Jusqu’à arriver à Douvres. Les Anglais se montraient moins coopératifs, dès qu’ils entendaient prononcer le nom du Français. Ils affichaient un mépris tranchant autant vis-à-vis de la duchesse, qui s’était compromise avec un Catholique, que vis-à-vis du soldat de la monarchie des Valois. Elle ne pliait pas sous les coups de leur condescendance et, pourtant, en elle, elle ne pouvait pas s’empêcher de rager. Elle savait que sans aide, elle ne pourrait remettre la main sur le vicomte qu’avec difficulté et n’était pas sûre de le pouvoir avant les sbires envoyés par ses anciens complices.
   Le goût de l’échec. Elle ne l’avait presque jamais senti, auparavant, et ne se sentait pas prête de le sentir derechef. Pourtant, elle voyait flotter devant elle le signal de la défaite. Et dans les brumes de doutes, celui de la reddition.
   Un sbire lui barre la route, alors qu’elle tentait de disparaître dans une obscure venelle. Un regard désespéré pour tenter de s’échapper mais elle tombe sur un autre homme de mains, rapière aux poings. Ils ne lâchèrent pas un mot mais elle se sentait perdue. Son regard erre sur la feuille d’alchémille [5] trempée de rosée qu’elle avait lâchée quelques secondes auparavant, fataliste. Il n’en fallut pas plus pour que les deux hommes se jettent sur elle. Sans espoir d’en réchapper, la jeune femme se débattait contre eux. Contre des filets qui devaient se refermer sur elle, quoi qu’il puisse se produire. Contre son destin inéluctable. Contre la fatalité… Les hommes avaient réussi à la maîtriser, malgré sa résistance acharnée.
 

*

Geôles de L’Inquisition Française, quelque part dans le Royaume de France
 

      Elle se retrouvait dans leurs filets ! Pour la seconde fois ! Elle n’avait pas l’intention, ni même la volonté, de s’enfuir, cependant. Même sachant ce qu’elle était susceptible d’endurer… Dans l’atmosphère glaciale de ses geôles, elle ne pensait à rien. Elle n’avait qu’imprécations muettes pour son délateur [6], le bourreau de Kensington, quand elle lui aurait sans doute craché aux visage ces malédictions, s’il s’était trouvé à sa portée. Mais elle ne pouvait rien. Elle n’espérait rien. N’attendait rien. Si ce n’est l’ombre d’un fidèle serviteur de l’Inquisition venant pour lui annoncer la sentence ou le passage à la Question.
    Prostrée. Elle entendait des cris venant d’une autre décennie, de l’autre versant des Pyrénées. Des scènes qu’elle avait cherché à effacer de sa mémoire revenaient, constamment, pour la hanter. Une incarcération en rappelle une autre : le même froid humide, les mêmes cellules emplies d’une paille pourrissante où les rats trouvaient refuge, les mêmes nuits interminables à sursauter au moindre bruit, la même angoisse, la même impossibilité de formuler une seule phrase, le même regard dans le vague, les mêmes cris à percer les tympans, le même enfer. Cette attente sans fin… Sans fin…
    Une révélation.
    Ces cris venus d’un autre âge ; c’étaient les siens ! Ceux de ses compagnons d’infortune quand elle était tombée aux mains de l’Inquisition espagnole, une décennie auparavant… Les supplications de certains détenus avaient trouvé un écho dans son esprit. Mais toujours, elle ne pouvait se résoudre à céder.
   Les mêmes paroles prononcées par les Inquisiteurs dans son pays natal revenaient dans celle des agents du Saint-Office français, sans qu’elles aient pour autant le pouvoir de délier la langue de la jeune femme. Elle supportait du regard celui qui la voulait faire plier devant infamie. Contrairement à ce qui se passait alors, elle riposta dans une interrogation qui en était à peine une.
   « Vérité forgée ? »
   Le moine se trouva tenter de la faire ravaler sa superbe mais il en était retenu comme par une force inexplicable qui fit presque plier le bourreau devant sa victime. Pourtant, il souriait cruellement comme s’il avait gardé une sorte d’ascendant sur elle.
 

*

     Par un matin semblable aux autres, la lourde porte qui fermait la cellule s’ouvrit. Un homme en bure introduisit un grand Seigneur, lequel dissimulait ses traits sous un masque. Esther, abattue par les Séances, ne fit pas un geste, ne regarda pas dans la direction de la sortie mais sembla avoir deviner qui se tenait sur le pas de la porte. Si elle l’avait pu, elle n’aurait pas pris en considération la présence de l’un de ses persécuteurs et aurait couru dans la direction du nouveau venu.
    « Le Seigneur se porte garant de vous ! Vous êtes libre ! cracha le moine, avant de se retirer et de les laisser seuls. »

       Aucun des deux n’avaient parlé. Comme s’ils avaient lu dans les yeux de l’autre ce qu’ils cherchaient à savoir. Les mots sont inutiles, superflus. Le noble fit un pas en direction de la jeune femme. Pour la première fois, elle avait tourné son regard dans sa direction. Il n’avait plus rien d’atone ou de morne ; s’y lisait une angoisse latente, mêlée à un certain soulagement. Elle avait tenté de se lever mais les fers sciant ses poignets l’avaient retenue. Intérieurement, elle rageait contre l’Inquisiteur dont elle avait deviné qu’il ne l’aurait pas laissé sortir de derrière ses barreaux. Le nouveau venu avait passé ses bras autour de la taille de la marquise.
       Une parole rassurante de sa part. Et l’étonnement prenait Esther de Sorren. C’était impossible ! Il avait disparu ! Il l’avait abandonnée !  Il ne pouvait pas se trouver devant elle ! Sûrement, les conditions de sa détention et les traitements qu’elle avait reçus devaient lui faire perdre ses esprits…
      « Maximilien, avait-elle murmuré, presque dans un semi-délire. »
       Le silence s’installait entre eux. Un refuge. Il n’avait pas donné de confirmation de son identité mais il ne l’avait pas non plus détrompée. Il savait. Il savait que nécessité n’en était pas. Il savait qu’elle l’avait reconnu, même si elle le croyait à des lieues d’elle. Peu importait. Oubliant les voix qui hurlaient dans son cerveau, elle s’était laissée à aller contre lui.  Elle se laissait aller à s’abandonner à son étreinte, qui qu’il fut. Délicatement, elle avait découvert son épaule marquée et jusqu’au sein. Comme si la chair n’eut point été meurtrie et souillée par la fleur de lys infâmante qui y était imprimée, le gentilhomme l’avait embrassé avec ferveur.
        


[1]   « Certificat de propreté/pureté du sang » mis en place sous le mandat de l’Inquisiteur Général Fernando de Valdés y Salas (1547-1566). Ces certificats n’étaient délivrés qu’aux personnes dont aucun ancêtre n’était juif ou musulman.
[2]    Autre nom donné à l’Inquisition.
[3]      « Mais quelle importance, maintenant ? ». 
[4]     Diminutif hispanisant du prénom Judith.
[5]   Plante dite aussi « pied-de-lion » avec des feuillages caduc. Utilisée par les alchmistes, d’où le nom que l’on leur a donné.
[6]   Synonyme de « dénonciateur ».

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyDim 30 Oct 2016 - 21:50

Petites passes d'armes pour écrire ce chapitre, lol (surtout beaucoup de version de ce chapitre, en fait) et puis le voici. Sorry, j'aurais voulu le poster plus tôt dans le week-end mais la version que j'avais alors était non seulement incomplète mais en plus elle ne satisfaisait pas du tout ^^ Donc voilà, maintenant qu'il est fini, bonne lecture à vous! 

Chapitre XIX : Volonté du destin

Une plaine, en France
1573/1574 (?)
 
   Dans sa fuite, la silhouette d’une bâtisse élancée était apparue à la marquise de Sorren.
   Une pierre aussi usée par l’action du temps que celle des hommes.  Les statues des saints veillant sur l’entrée avaient été décolorées avec de la chaux ; les splendides vitraux qui ornaient jadis cette petite église de campagne n’étaient plus que bris de verre coloré et plomb fondu. La jeune femme n’aperçut qu’une poutre qui fit voler en éclats le seul vitrail survivant de l’édifice religieux : une Annonciation de la fin du XIème siècle... Esther n’osa s’avancer à la rencontre de l’édifice mis au carnage bien que devinant ses coreligionnaires responsables de celle-ci.
  Dans l’ombre, surgit un cavalier d’azur pareillement harnaché et cuirassé, monté sur un pur-sang arabe d’un gris clair uni. Arrivé, approximativement, à la hauteur de la hauteur de la Franco-Catalane, la bête se cabra, sous les éclairs, manquant de désarçonné son maître. Au grand étonnement de la fugitive, ce fut en dialecte angevin que le cavalier s’exprima :
   « Ne craignez, Madame ! Je suis envoyé par un certain gentilhomme de votre connaissance…
   -Ah, Seigneur, ce pourrait-ce ?! Vous êtes l’envoyé de la volonté du destin ! répondit la jeune aristocrate, ne pouvant celer  l’espoir que la prenait à la pensée que cet homme était, probablement, mandaté par Maximilien.
   -Vous ne pensez pas si bien dire : on vous fait mander par ma voix…
    Le chevalier aux armes azures avait suspendu sa phrase comme s’il avait cherché un stratagème ou ses mots. S’il ne donnait pas de suite à ces propos, la suspicion de la marquise protestante s’éveillerait. En un regard, elle le désarmerait.   
   -Pourrait-on connaître votre identité ? interrogea, subitement, Julia de Verdanne, comme pour confirmer un soupçon naissant dans ses esprits.
    -Pourquoi vous défiez d’un homme qui ne cherche qu’à vous servir fidèlement, marquise ? Qu’ai-je fais pour m’attirer vos foudres, Esther ? répliqua le  nouveau venu, piqué au vif par les doutes que la jeune femme émettaient sur lui. »
   La voix sembla venue d’un autre monde. Mais familière à l’intéressée. Elle s’efforçait de pas laisser voir que les intonations de celles-ci avaient étaient suffisantes pour la frapper. Les inflexions lui semblaient être celle d’un homme qu’elle avait connu des années auparavant… Un homme dont, non seulement, elle avait caché l’existence à Maximilien mais, aussi qu’elle ne croyait plus en vie ! Comment pouvait-il prétendre être envoyé par lui ? Ou alors… Elle avait interrompu le fil de ses pensées ne voulant pas se laisser aller à des espoirs improbables. Si vraiment, cet homme était bien Eric, sa présence ici pour les raisons qu’il ne donnait pas était encore plus mystérieuse et inexplicable que jamais. 
  « Votre présence ici est parfaitement impossible ! lâcha Esther, sans le vouloir.
  -Vous l’avez dit vous-même ; je suis ici par la volonté du destin et rien ne lui est impossible… Quant à cette remarque que vous venez de faire, elle seule répond à la question que vous vous posiez tout à l’heure sur  mon identité. Nos chemins se sont déjà croisés et vous le savez.
   -Qui vous soyez, j’aimerai connaître quel crédit je dois apporter à votre affirmation. Avez-vous une preuve certifiant quel gentilhomme angevin vous envoie ?
   -Votre cœur vous murmure la réponse et vous refusez de le croire ? Vos propres convictions et ma parole ne vous suffisent donc plus ? Il était pourtant un temps où seuls les liens qui nous unissent vous suffisaient…
  -Les temps ont bien changé depuis la dernière fois où nous nous sommes vus, Monsieur.
-Et qu’en est-il de vos sentiments ?
-Vous aurez vous-même deviné que nos liens ne peuvent plus être aussi privilégiés qu’autrefois.
-Vous pouvez être autant un roc immuable qu’une tempête changeante. Mais jamais je n’ai pu vous donner raison de vous défier de moi et d’être si froide à mon endroit !
-Ne prétendez pas me connaître ! Je doute que vous sachiez ce que j’ai enduré !
-Vous faites erreur. Je s          ais ce qui vous hante ; j’ai vu aussi de mes propres yeux la mort frapper aveuglément ; j’ai vu la mort glisser comme un serpent dans ma direction ; j’ai vu les rues jonchés des cadavres de proches, de coreligionnaires… Vous n’êtes pas la seule à savoir ce que signifie la Saint Barthélémy ; vous n’êtes pas la seule à souffrir de vos sentiments pour un quelqu’un doublement séparé par de vous par les conventions et la confession !
-Aussi bien renseigné soyez-vous, vous ne savez rien de ceci ! rétorqua Esther, dénudant volontairement son épaule sur laquelle la fleur de lys avait été durablement imprimée par le bourreau. »
  S’il avait été frappé par l’audace de celle qu’il croyait connaître, le chevalier angevin n’avait pas fait un pas en arrière en voyant l’insigne infâmant sur l’épaule de la belle aventurière. Eut-il murmuré « Rose Noire de Barcelone », qu’Esther n’en aurait pas été étonnée et ne l’aurait pas nié. Mais le silence qu’il avait instauré entre eux l’avait trouvée interloquée.  
  Les questions qui assaillaient les esprits de la marquise de Sorren se reflétaient dans les yeux de son interlocuteur qui ne fit pas le moindre signe pour tenter de détromper la jeune femme, comme s’il était vital pour lui qu’il reste dans l’ombre tout en cherchant à en sortir.
 
 
Dans une étendue déserte
1573/1574 (?)
 
   Comme malgré elle, Esther avait suivit le paladin aux armes d’azur et se tenait constamment sur ses gardes.
  « Vous ai-je donné raisons de vous défier de moi ? interrogea, finalement, celui-ci.
  -Ai-je des raisons d’accorder confiance à un homme qui prétend me connaître mais refuse de laisser voir ses traits ?
  -Tout ce que vous besoin de savoir est que vous n’avez raisons de me craindre, répondit le chevalier errant, se retournant vers la jeune femme qu’il avait prise en croupe et ôtant son heaume. Ce faisant, il avait découvert un visage balafré et méconnaissable.
  La parole jointe au geste avait étonnée la marquise qui ne voyait nulle échappatoire.
  -Si vous l’affirmez, vous êtes certainement en mesure de le prouver en déclinant votre identité.
  -Croyez bien que j’aurais aimé accéder à votre requête, Madame, mais ne le puis.
  Esther avait peine à se maîtriser. Pour la seconde fois, elle devait faire face un homme qui se disait un protecteur anonyme. Au souvenir du tour que les évènements avaient pris avec l’homme de Kensington, elle pâlit soudainement. 
  -Je ne connais que trop les « protecteurs » anonymes… Où se trouve le vicomte Maximilien de Montsoreau dont vous dites l’envoyé ? riposta la Catalano-française, excédée par les mystères dont le nouveau venu s’obstinait à s’entourer, alors qu’il lui affirmait être fiable.
  Le silence régnait de nouveau avant que l’héritière du marquisat de Sorren ne réitère sa question, cinglante.
 -Où se trouve le vicomte Maximilien de Montsoreau dont vous dites l’envoyé ?!
 Mais cette fois l’angoisse avait aussi percée dans sa voix. Après quelques hésitations, le cavalier finit par lui répondre.
 -J’encours plus de risques que vous ne le croyez si je m’aventure à vous révéler cette information. Le vicomte m’a fait jurer de…
  -Donc vous savez où il se trouve ! lança Esther, soudain piquée au vif que le vicomte n’ai pas cru bon de la laisser avoir connaissance de où il se trouvait. Que ne l’avez-vous pas dit plus tôt ? Que vous empêchait de le signifier, Monsieur ?  »
  Il la regarde d’un air désolé, ne trouvant pas le courage nécessaire pour briser ses espoirs derechef, pour lui répéter sa justification. Il n’a plus de voix pour lui signifier ses regrets, juste son regard métallique et impénétrable. Un écran, un voile.
 « Le vicomte… ne souhaitait pas que vous le sachiez pour des raisons de sécurité. Il voulait vous épargnez… commença-t-il.
  -Que voulait-il m’épargnez ? Quoi que ce puisse être, il devrait savoir que j’ai fait face à pire, renvoya la Catalano-Angevine.
  -Ne le blâmez pas, Madame, quand il ne cherchait qu’à vous protéger, et ce fusse au péril de sa propre vie, de son propre honneur et de son titre.
  -Que… s’étrangla à moitié la marquise de Sorren, avant que son interlocuteur ne l’interrompe.
  -J’en ai déjà trop dit… se blâma-t-il lui-même, presque à haute voix.
  -Continuez donc sur votre lancée, Messire, le pria-t-elle. »
  Le chevalier errant ne lui avait pas répondu, ne sachant quelle allait être sa réaction mais il avait comme dans l’idée qu’elle chercherait le vicomte de Montsoreau, quoi qu’il arrive donc il ne perdait rien à lui dire qu’il avait quitté les Flandres et la cherchait. Mais il craignait sa réaction en apprenant que le capitaine des gardes royaux avait désertée. Cependant il finit par lâcher :
« Le capitaine de Chambes à déserté son poste dans les Flandres pour vous, marquise ! »  
 Elle ne se préoccupait guère de savoir comment le cavalier avait pu avoir accès à cette information et quand bien même la désertion du vicomte ne faisait pas de doute, il semblait étrange qu’il en connaisse le but pourtant, rendue muette par la révélation, la jeune femme ne sût que lui répondre et ne cherchait pas à en savoir plus. Déserter pour elle ? Un catholique de haut lignage briser les règles royales pour une juive convertie au Protestantisme et dont le statut était des plus instables et ambivalents qui soient ? Elle ne savait plus si elle était choquée ou flattée que Maximilien ait pris autant de risques pour la revoir.
 
 TBC

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyJeu 5 Jan 2017 - 22:52

Voici le chapitre suivant, avec toutes mes excuses pour autant d'attente entre les chapitres, encore une fois ^^ je tenterai de les faire plus rapprochés, la fois prochaine.
En attendant, je vous souhaite une bonne lecture de celui-ci et je m'en vais travailler sur la suite.

Chapitre XX: Impétueuses folies

Royaume de France
Nuit de la Saint Barthélémy
 

   Depuis une fenêtre de son palais ligérien, le Prince Très Chrétien  [1] Charles IX – par la grâce de Dieu roi de France – attendait la venue des fugitifs réformés que l’on disait dans les environs. Une ombre se détache dans le crépuscule des jardins. Une balle fuse de l’arquebuse royale et se plante entre les omoplates du malheureux qui s’effondre et mord la poussière. La lune vient jeter un reflet sinistre sur cet homme qui gît dans un liquide pourpre.
    Un promeneur solitaire qui passait dans les parages distinguerait avec l’aide des rayons lunaires un blason frappé sur l’épaule droite de l’homme, un blason d’enquerre  [2] aux couronnes de roses noires… S’il s’avérait que ledit promeneur ne fut autre que le capitaine des gardes royaux Maximilien de Chambes, vicomte de Montsoreau, il galoperait aussi vite que faire se peut pour prévenir qui de droit et par là même empêcher – s’il était en son pouvoir de le faire – que celle qui risque d’être la dernière des Sorren ne précipite sa propre ruine. Même sachant ce qu’il encourait pour tenter de dérober une « hérétique » à son sort, supposez que le fidèle chevalier de la monarchie des Valois eut le plus pur mépris pour les conséquences de son acte. Le bras armé d’un prince catholique aurait-il failli ? L’ardent défenseur de la foi chrétienne qui jamais ne plia devant passes d’armes complexes se serait-il laissé dicter sa conduite par ses sentiments pour une femme qu’il savait inaccessible ? S’avouait-il défait avant même que d’avoir batailler ? Rendait-il les armes sans résistance ?
 

 

Domaine du baron d’Hever, Kent, Angleterre

Octobre 1573

 

     Quand le vicomte avait mordu la poussière, Esther avait contenu avec difficultés son mouvement vers la lice. Mais elle sentait déjà ses sentiments pour Maximilien mis au jour aux yeux de son mari : le geste du duc de Kensington lui sembla tout à fait étrange et calculé ; il accompagnait les hérauts d’armes qui ramenaient son adversaire dans sa tente, en le portant ! La jeune femme resta interdite quelques secondes mais céda à l’impétueuse folie qui la fit quitter les tribunes d’honneur pour rejoindre le blessé.
   Après quelques pas dans une herbe verdoyante et fournie, elle écarta un pan du tissu estampillé aux armes des Chambes. En voyant Richard de Derwill, son premier geste fut de faire un pas en arrière. Mais celui-ci la retint.
   « Non. Restez. »
   La métisse s’approcha, lentement, de Lord Kensington, gardant le silence.
   « Je ne serais point un gentleman si je vous réclamais réparation pour ceci, ajouta le duc, désignant le tissu aux couleurs des Sorren que les mains de Maximilien serraient encore.
    -Vous ne l’oseriez… »
   Kensington ne répondit rien et, à la surprise, de la marquise, sorti de la tente et la laissa pour seule avec Montsoreau, encore inconscient.
  En jetant un regard sur les alentours, l’Egyptienne  [3] se rendit compte que le médecin veillait encore sur le blessé.
  « S’en remettra-t-il ? demanda-t-elle, anxieuse.
  -Je ne voudrais pas vous donner de faux espoirs, Madame… Je ne saurais me prononcer avec exactitude sur les chances sur l’état du Monsieur le vicomte mais il est probable que si sa survie advient elle tienne du miracle, lâcha-t-il, avant de laisser Esther prostrée devant le lit où était étendu Maximilien.
 

*

     La jeune femme était restée auprès du catholique, ne comptant plus le temps qu’elle avait mis à implorer une aide divine quelconque. Dehors les bruits des joutes lui parvenaient encore. Deux adversaires qui tombent de cheval dans un ferraillement d’armures. Des épées qui se tirent. Elle ne prête pas attention au duel pour savoir si l’un d’eux est potentiellement le duc de Kensington. Elle ne peut se concentrer que sur le vicomte de Montsoreau, encore allongé sans connaissance à ses côtés. Ses regards errent du ruban or et argent [4] à l’écu frappé des armes de la famille de Chambes sur lequel on avait porté Maximilien dans la tente.
   Une lueur brillait dans les yeux de Maximilien, quand il revint à lui.
   « Je sais qu’il était ici ! Ne cherchez pas à me le celer ! lâcha-t-il.
   -Je ne vois pas possiblement à qui vous faire allusion, feinta Esther.
   -Réellement ? Son nom se lirait presque sur vos traits, duchesse. Votre mari ; celui qui m’a mis dans l’état dans lequel vous me voyez présentement, il était ici.
   -Il s’inquiétait de vous…
  -Ou de nous, vous voulez dire ? répliqua le vicomte.
  Il resta silencieux quelques secondes, avant d’ajouter, en se relevant :
 -Ce différent doit être réglé entre lui et moi…
 -Maximilien ! Non ! Je vous en prie, ne cherchez pas à vous confrontez plus avant avec lui !
 -Mon Dieu ! Vous avez aussi des sentiments pour lui ! ragea le fils du comte de Montsoreau.
  La marquise de Sorren s’était troublée à cette répartie de son amant.
  -Vos craintes sont sans fondement, répondit-elle, sans conviction. »
  Faisant fi de sa blessure et de cette remarque, le jeune noble angevin se leva, brusquement, et sortit de sa tente en chancelant.
  « Maximilien ! »
  La Rose Noire n’avait pu lâcher qu’un cri de rage à l’encontre du vicomte sans pour autant lui vouloir. Elle s’en voulait de l’avoir laissé croire qu’elle pouvait avoir encore ou avoir eu des sentiments pour le duc de Kensington et d’avoir laissé le catholique foncé tête baissée vers un danger imminent. Pourtant, rien ne pouvait la décider à mettre de nouveau les pieds dans ce champ clos ou dans les tribunes si Montsoreau devait y rencontrer son destin.
  « Maximilien ! »
  Elle avait réitéré son appel, en vain. Elle croyait voir la silhouette de Maximilien de Chambes se dessiner sur son destrier, en lice, prêt à se ruer, derechef contre l’homme qui l’avait déjà mis à bas de sa monture, quelques instants auparavant.  Restée prostrée pendant un moment indéfinissable, elle avait fini par se saisir d’une armure usée qui se trouvait à sa portée.




TBC


[1] Titre donné au roi de France depuis Charles V de Valois (1364-1380)
[2] Terme d’héraldique : il s’agit d’un blason qui ne respecte pas la règle qui consiste à ne pas superposer ou juxtaposer deux émaux (sinople ou vert, azur ou bleu, pourpre ou violet, gueules ou rouge, sable ou noir) ou deux métaux (or ou jaune et argent ou blanc). En général, il s’agit de montrer le prestige de la famille. Ici, le blason est d’enquerre car il juxtapose est d’or au pal d’argent, ce qui impose une juxtaposition de ces deux métaux (cf. affiche du chapitre XIII).
[3] Gitane. Il s’agit ici d’Esther. (référence aux origines andalouses gitanes de sa famille)
[4] Jaune et blanc en héraldique.

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyJeu 6 Avr 2017 - 14:13

Nouveau chapitre pour cette histoire. encore désolée pour l'attente aussi longue ^^

Chapitre XXI: Derrière le masque d’acier

En lice, domaine du baron d’Hever, Kent, Angleterre
Octobre 1573


 Le vicomte s’était présenté sur la lice, de nouveau, boitant à cause de sa récente blessure à la jambe. Après avoir, difficilement, jeté au bas de sa monture le duc, Maximilien de Montsoreau s’était attendu à trouver devant lui le baron d’Hever, prochain combattant annoncé et non pas celui devant lequel il se trouvait : un chevalier inconnu, aux armes d’un sinople (1) un peu dépassé qui avait dû être éclatant en son temps. Chevalier monté sur un destrier andalou gris clair par trop reconnaissable…


 Avant de se mettre en selle, il se tourne vers les tribunes, cherchant du regard la marquise de Sorren, sans la trouver. Son regard se porte ensuite vers le duc inconscient, que des hérauts transportent dans sa tente. Il se fige, lorsqu’une pensée lui traverse l’esprit, mais il n’émet pas clairement ces doutes à haute voix. Il reste insensible à l’appel de la trompette qui annonce le début de l’engagement. Il s’empêche de penser que derrière ce heaume au cimier à lion peut certainement se cacher les traits de celle qui l’avait sauvé dans les bois d’Ashdown, presque un mois auparavant.


 Il se prend à prier à haute voix qu’il se trompe ; qu’il ne prend pas le risque de jeter violemment à bas de sa monture Esther ; il se prend à prier à haute voix son adversaire de renoncer à ce combat.


 « Qui que vous soyez, chevalier, je vous saurai gré de m’épargner une victoire trop facile ! Ne prenez pas le risque de vous infliger une cuisante défaite ! » lança-t-il entre vantardise ironique et supplication sincère.


  Ce disant, il avait essayé de percer à jour les sentiments du mystérieux combattant. Il avait pu remarquer que ce dernier n’avait pas fait un geste, ni prononcer une seule parole. Il était tout aussi frappé de stupeur que le vicomte, sans doute, bien que Maximilien ne puise lire dans le regard du nouveau venu au travers des étroites fentes horizontales qui laissaient un champ de vision restreint à celui-ci. Derrière le fin regard d’acier, le seigneur angevin sentait, tout de même, son adversaire de glace, paralysé au seul de penser (2) de faire une seul mouvement contre lui. Il avait, cependant, le sentiment de voir son adversaire réfléchir, calculer quel serait son prochain mouvement.


 D’autres notes s’élevaient de la trompette pour rappeler les combattants à la réalité. Aucun des deux ne fait mine de s’élancer contre l’autre, au courroux redoublé de l’audience. Le chevalier émeraude porte la main à son heaume de forme cylindrique, comme prêt à l’enlever et révéler ses traits, après avoir laissé tomber sur le sol son bouclier sinople, seule pièce de son armure à encore étinceler.

 Qu’est-ce qui lui faisait croire que le seigneur de Montsoreau n’allait pas attaquer ? pourquoi se défaire de sa protection et être sur le point de laisser voire son visage, au risque d’endurer ce que lui vaudrait une action de ce genre ? Même le chevalier à l’armure émeraude n’avait pas d’idée de ce qui le poussait à agir de la sorte mais il savait une chose : il n’avait pas la force de porter les armes contre Maximilien de Chambes. Et il ne s’était pas attendu à le trouver devant lui. Il avait cru que le duc de Kensington aurait triompher encore une fois de son rival et il était prêt à le lui faire payer. Mais il se retrouvait maintenant en face de celui avec il avait voulu éviter de se battre. En face d’un homme à qui il devait la vie et qui la lui devait. Ses doutes étaient bien légitimes mais pourquoi prendre le risque que tout le domaine de Hever connaisse son identité, quand ça lui coûtait tant. Il se sentait, pourtant, suffoquer sous son heaume presque rouillé, avec peu de possibilités d’aspirer de l’air. Le sang lui battait les tempes, alors qu’il retiraient d’abord ses gantelets, l’un après l’autre.


 Au même moment, Maximilien l’observait et fut encore plus estomaqué quand il aperçut une citatrice barrant la main libérée de la pièce d’armure. Il semblait que sa crainte se vérifiait ; il sentait ne pas avoir besoin de voir le chevalier se débarrasser de son heaume pour savoir quels traits allaient émerger derrière le masque d’acier. Mais il n’était pas prêts à les voir.


 Maximilien avait détourné le regard, dans un réflexe. Quand il se retourna, derechef, pour voir celui qui se tenait devant lui, le heaume avait déjà dégagé le bas d’un visage aux traits gitans adoucis par des gênes français. Le vicomte de Montsoreau devient livide.


   Qu’avait-il besoin de voir les traits de l’individu en entier, à présent ? Cette forme de visage lui était familière et il ne connaissait qu’une seule personne qui aurait eu assez de folie impétueuse pour… Il avait essayé de ne pas se concentrer sur le heaume qui révélait peu à peu des traits que trop connus mais rien ne venait l’en distraire, lui donnant confirmation qu’il se trouvait devant Julia de Verdanne, marquise de Sorren et duchesse de Kensington.


 Dans sa stupeur, il avait lâché la seconde identité de la jeune femme, se sachant entendu de tous.

 « Rose Noire ! »


 Cette appellation avait frappé Esther aussi sûrement que si Montsoreau avait porté les armes contre elle. Elle en fit, pourtant, fi, plantant son regard dans celui de l’héritier de la lignée des Chambes. Et la confusion se lisait dans son expression. Elle savait qu’elle n’avait plus de choix désormais… Par ses simples mots, Montsoreau avait scellé son destin.


  « Vicomte…, répliqua simplement Esther de Sorren, jouant la surprise. 


  -Epargnez-moi votre surprise feinte, duchesse. Vous saviez parfaitement que je serais ici. En revanche, je ne pouvais imaginer que vous…


  -Que j’enfreindrais les édits pour vous empêcher de commettre folie ? Vous saviez être plus convaincant… La seule chose que je n’imaginais pas serait que vous seriez encore en vie, après un second affrontement avec le duc, lui renvoya-t-elle, d’un ton glacial et presque sur le ton d’une insulte.
 Maximilien tira son épée, prêt à un duel.


 -Rengainez, vicomte ! Vous n’auriez pas la bassesse de vous attaquer à un ennemi désarmé et une femme, qui plus est.


  Si le capitaine des gardes royaux tremblait sous les coups de l’insulte, il devait admettre que la belle hispanique avait raison. Et il pourrait d’autant moins tirer les armes contre elle qu’il était lié à elle, qu’il veuille ou non. Mais il avait au moins la force ne pas l’admettre à haute voix devant l’assemblée, qui protestait pour voir se dérouler le tournois comme il le devrait.


  -Si vous croyez…


  -Je ne crois rien, vicomte. Je vois dans vos yeux ce que vous refusez d’admettre, le coupa-t-elle.
Le vicomte de Montsoreau sauta à bas de son destrier. Imité par la marquise qui avait repris l’écu sinople à terre et le reste de ses armes.


  -Suivez mon conseil et rendez les armes, avant que vous ne le regrettiez, lança-t-il plus par bravade et par façade que par sincérité, la lame de son épée à demi sortie de son fourreau. »


Elle sortit son arme de sa gaine et attendit le prochain geste de Montsoreau, tout en sachant qu’elle avait reculé devant l’inévitable lors de leur premier duel. Elle ne se sentait pas plus la force de l’achever maintenant qu’auparavant, si elle devait en être réduite à cette extrémité.


 L’aventurière n’eut pas le temps de réfléchir plus avant que la lame de Montsoreau filait dans sa direction. Parant in extremis le coup avec l’écu, elle asséna un coup au vicomte, coup qui fut arrêté par le bord extrême du bouclier aux armes des Chambes. Les deux adversaires se jaugèrent du regard, tournant l’un autour de l’autre, cherchant une faille dans la défense de l’autre. Mais pour avoir déjà eu à se battre contre elle en duel, Montsoreau savait parfaitement que la défense de l’héritière des Sorren avait très peu de défauts. Le moment où il pourrait sans doute la prendre en défaut était en l’obligeant à l’achever. Pourtant, il ne voyait pas profiter de son sens paradoxalement indéfectible de l’honneur.
 La nuit commençait à tomber peu à peu sur le champ clos où se déroulait la joute. Les armes claquaient encore les unes contre les autres, dans un cliquetis assourdissant d’acier, sans qu’aucun des deux opposants ne parviennent à trouver une faille.


« L’obliger à baisser à la garde. L’obliger à baisser la garde », pensait chacun des deux, luttant contre le doute qui les assaillait. Ils ne réfléchissaient pas à leur prochain mouvement, n’anticipaient pas la prochaine passe de leur adversaire, prenant le risque de se trouver sur le chemin d’une lame perdue. Ils réagissaient au coup sur coup, ne pouvant se résoudre à porter le coup fatal pour l’autre.


 Soudain, Esther se débarrassa de ses armes, bouclier et heaume compris.


« Si telle est votre volonté, finissez-en, Monsieur le vicomte ! le provoqua-t-elle, inversant la situation de leur duel précédent.


 Elle l’en savait incapable et il pouvait le deviner derrière ses mots tranchants. Son regard allait de sa lame nu, à celle dont la marquise s’était débarrassée. Puis il soutient le regard de la jeune femme, qui attendait de le prendre en défaut. Il craignait que ça ne soit qu’une manœuvre pour renverser ensuite la situation à son avantage. Mais il n’avait pas le temps de se poser des questions, elle pourrait profiter de ses doutes à tout instants…


 -Qui me dit que ce n’est pas encore un piège de votre part ?


 -Vous me tenez au bout de la lame et vous croyez à un piège ? J’ai encore assez d’honneur pour ne pas vous prendre en défaut à la déloyale, vicomte. Profitez donc de votre opportunité. Vous m’avez offert de me laisser venger l’offense faite à ma lignée en offrant votre tête, prenez la mienne et il en sera fini de ce cycle de vendetta.


 -Vous pourriez être sincère…


 -Je le suis. Profitez de l’occasion ! s’exclama-t-elle, tombant à genoux sur le sable de la lice, présentant son cou à la lame qu’elle savait aller s’abattre sur elle. »


 Le vicomte de Montsoreau regarda la marquise de Sorren, d’un air triste, l’épée levée. La lame scintillant dans les rayons de lune en rappela une autre à la Rose Noire, une autre qui était sortie de ses souvenirs. Maximilien avait les mains crispée sur la garde de son arme, incapable de faire un geste de plus. Son regard soutenait celui de la marquise qu’il allait éteindre par sa volonté. Il crispe de plus en plus ses mains jusqu’à ses jointures le fasse souffrir. Il est sur le point d’admettre son incapacité à le faire, détournant presque le regard de la jeune femme qui essaye de le pousser à le faire. Le silence est oppressant.


« Ne me demande pas de mettre fin à des jours que j’ai sauvé. finit-il par lâcher, oubliant toutes les convenances, et lâchant son arme qui va rouler à quelques mètres de l’endroit où ils se trouvent dans la lice. »


 Il plonge son regard dans le sien et ajoute, dans un souffle, tombant lui aussi à genoux devant la jeune femme.

« Tu m’en sais incapable, Esther. »

TBC

(1) Vert dans le langage héraldique. En loccurrence, je les vois bien vert émeraude (sachant quil ny a quun seul mot pour désigner toutes les nuances dune couleur dans cet art)
(2) Ancienne forme de « à la seule pensée »

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyJeu 20 Juil 2017 - 22:21

Voici la suite, en vous souhaitant une très bonne lecture!

Chapitre XXII: Duel de cœur et de raison

En lice, domaine du baron d’Hever, Kent, Angleterre
Octobre 1573


    Elle s’empêche de laisser voir ses sentiments de satisfaction et de doutes mêlés, devant ces semi-aveux publics du vicomte. Il lui serait bien trop aisé de profiter de la situation. Un coup prompt et bien placé serait plus que suffisant à remplir son office… Le duel qu’elle avait cherché à éviter la poursuivait dans ses esprits : duel de cœur et de raison.

   « Tu m’en sais incapable, Esther ! lâcha encore Maximilien de Montsoreau, comme pour achever de la convaincre. Ne m’oblige pas à dire plus avant ce que tu devines. Et de grâce, renonce au projet que tu formes, quel qu’il soit, continua-t-il, s’oubliant et oubliant tout ce qui les séparait. »

*
    Pris d’un présentiment, le vicomte tourna son regard en direction de la tribune d’honneur mais celui qu’il avait craint d’y trouver n’occupait pas sa place et le reste des tribunes était tout aussi vide. Dans un réflexe, il fit volteface.

   « Que… ? s’interrompit-il, voyant la jeune femme s’effondrer dans ses bras, une lame qu’il reconnaissait pour être sienne dans le flanc. »
*
Appartements de la duchesse de Kensington, château d’Hever, Kent, Angleterre
Octobre 1573, quelques heures plus tard


Le Vicomte de Montsoreau resta quelques minutes silencieux avant de s’autoriser à prendre la parole, comme s’il s’était attendu à ce que ce fut la marquise qui le brise pour se justifier.

   « -J’aurais dû me douter que ce duel n’était qu’une autre de vos machinations, Rose Noire ! Un moyen détourné pour arriver à vos fins ! 

   -Croyez-vous réellement que si ça avait été le cas, je vous aurais laissé vie sauve, vous voulant supprimer ?
 
   -Tout ceci n’est qu’une autre de vos parades, comme votre tentative de suicide !

   -Vous ne m’auriez pas sauvée, si vous le croyiez réellement, vicomte, d’autant plus que vous cherchez vengeance. A moins que vous-même ne machiniez quelque chose ? le provoqua-t-elle, volontairement.

   -Peut-être n’ai-je que commis là ma seule erreur… lui renvoya-t-il, imperturbable.

   -Avez-vous seulement croyance en de tels mots ? Devrais-je vous rappeler que vous en déjà commise une en me sauvant de la Saint-Barthélemy ? » 

  Le vicomte de Montsoreau s’était, en effet, senti déchiré entre son devoir, qui lui aurait commander de ne point intervenir en cette funeste nuit d’août 1572, et son cœur, qui l’avait alors porté à occire un de ses propres hommes pour éviter le trépas à la jeune femme toute Réformée et hors-la-loi qu’elle fusse, alors. Et elle avait visé juste en lui ramentevant (40) une telle désobéissance aux ordres royaux.

  « Vous plongerez bien avant que vous ne puissiez faire usance de cette information contre moi. » pensa-t-il en lui, ne trouvant pas la force de le dire à haute voix. Mais ferait-il son office de capitaine des gardes royaux, s’il devait mettre aux arrêts Esther de Sorren ou se compromettrait-il encore une fois pour ses beaux yeux ? En ce seul instant, il en oubliait toutes ses certitudes.

 « -Vous savez pourquoi j’ai agis ainsi au mépris de tous les édits et vous n’avez nullement l’intention d’utiliser une telle information pour me perdre, marquise ! Et quand bien même cela serait votre dessein, vous ne vous permettriez pas vous-même de le mettre à exécution !

   Au moins sur ce point, l’héritier des Chambes avait percé au jour Esther et elle devait admettre qu’il avait raison. Cependant, il s’était lui-même condamné en lâchant sa seconde identité devant l’audience. Elle tenait sa vengeance sans se compromettre, si elle pouvait le faire exécuter pour l’avoir sauver, sachant qu’elle était de la Religion réformée, mais elle ne saurait supporter le seul penser de l’envoyer vers sa mort certaine. Elle sentait sa carapace se briser en sa présence.

   -Pas plus que vous n’avez le cœur (41) de faire votre devoir, sachant qui je suis, quoi que vous soyez un homme d’honneur ! laissa-t-elle tomber.

  -Et pour cette raison même, je le ferais dès que vous poserez un seul pied sur le sol français !

  -Vous prenez encore la peine de m’en avertir. Qui vous dit que je n’en profiterais pas pour disparaître dans mes terres d’Angleterre ou d’Espagne et ne plus remettre pied en Anjou ?

   -Le pourrez-vous seulement, Esther ? Votre chemin vous ramènera tôt ou tard vers Sorren ou Montsoreau. Je ne crois pas vous ayez abandonné votre envie de vengeance si facilement.

  -Vous êtes trop parfait gentleman pour ne pas m’offrir tôt ou tard de mettre votre lame au service de celle-ci.

  -Plaît-il ?

 -Contrefaire l’innocent, ne vous sied guère, mon cher : je suis certaine que vous avez-vous-même une raison de vouloir vous venger du comte Thierry, quand bien même il est votre père, quoi que je l’ignore encore. Qui plus est, vous ignorez peut-être des choses qui pourraient faire pencher la balance. Votre père n’est pas l’homme admirable que vous complaisez à croire. Lorsqu’il était ambassadeur du roi de France auprès du comte Philippe (42) , il fut cause de la ruine de ma famille, de la perte de nos titres et biens en nous dénonçant comme marranes à l’Inquisition, alors que nous avions placé la plus haute fiance en lui. Ce pourquoi, j’ai dû fuir mes terres de Verdanne (43) , Ars, Valdez et Vega. En France, ce fut également lui qui me vendit une première fois à l’Inquisition française pour qu’elle finisse le travail de sa comparse espagnole, m’obligeant de prendre pour mienne la religion réformée que Monsieur mon père, le Sieur Pierre de Marsac, marquis de Sorren, professait, et de m’enfuir en Angleterre, pour échapper aux persécutions.
Si je suis devenue la Rose Noire, c’est par vengeance.

  -Je vous croyais sincère dans vos sentiments mais je ne vois que je ne suis qu’un outil dans vos plans...

  -Vous savez vous-même qu’il n’en est rien ! Vous cherchez de la tromperie là où elle absente ! Si jamais quelque chose peut vous persuader de la sincérité de mes sentiments… commença-t-elle de répliquer, piquée au vif, et avec dans les yeux une langueur qu’elle avait du mal à taire.

  -Si vous le pouvez, oubliez que j’ai jamais douté de vous, Madame… se reprocha-t-il, aussi tôt, attrapant le regard de la jeune femme. Et soyez assurée de mon éternel dévouement, ajouta-t-il, sans en dire plus, et en lui murmurant cette affirmation en se penchant vers elle.

  Esther ne releva pas cette semi-assurance que venait de lui donner le vicomte de se plier à sa demande de revanche, quand bien même elle allait lui coûter cher mais il était piégé par son propre serment, impossible à briser sous peine de déroger à ses principes. Et quelques réticences qu’il pouvait montrer, elle savait qu’il allait se conformer à sa parole, peu importe les circonstances, sa dignité et son sang de gentilhomme parlant avant toute autres choses.

  -Je vous sais gré de ce dévouement, vicomte. Quant à oublier, je ne vous tiendrais pas rigueur pour si peu. »

*
  Un coup frappé à la porte vient interrompre leur conversation.

  « Pardonnez-moi de venir troubler votre convalescence, duchesse. Mais j’ai pensé que vous auriez désiré connaître le sort de M. le duc… commença le page, qui avait pénétré dans la pièce, après qu’Esther lui en ait signifié l’autorisation.

  -Eh bien ! Qu’en est-il du duc ? lâcha-t-elle, dans un mouvement d’humeur, et prétendant s’intéresser réellement à ce qui advenait de lui, quand au fond d’elle-même elle était assez indifférente à ce qui pouvait bien advenir de Kensington.

 Le nouveau venu hésita avant de donner sa réponse, cherchant ses mots, de peur de heurter la jeune femme.

  -Je regrette de vous annoncer qu’il n’a pas survécu à ses blessures. » 

 Sous le regard étonné de l’adolescent et de Maximilien, elle congédia froidement et d’un geste parfaitement calme le porteur de cette funeste nouvelle, sans même chercher à la vérifier par quelques moyens.

 « Tu ne peux plus rester ici… dit-elle, d’un ton atone, quand elle se retrouva seule avec le vicomte de Montsoreau.

  -Tu ne me feras pas croire que les conventions t’importent : tu les brises toutes à une à une. Quant au prétexte de ton devoir de femme de Kensington ou tes sentiments pour lui, ils ne peuvent pas entrer en ligne de compte puisque sa mort t’indiffère.

  -Je reste, pourtant, Lady Kensington et l’honneur me commande de ne pas me compromettre avec le meurtrier de mon mari, lui renvoya-t-elle, avec des modulations de voix devenues subitement tranchantes, qui cachaient mal ses véritables sentiments.

  -Depuis quand suis-tu ce qu’on te commande ? lui murmura-t-il, la taquinant. Je ne me rappelle pas que tu as été si froide envers Kensington, quand lui-même a failli mettre fin à mes jours, reprit-t-il, sur le même ton pris par la duchesse, quelques instants plus tôt.

  -Tu serais mort encore plus sûrement, si je lui avais donné encore plus de raisons de douter de la nature de nos relations.

  -On pourrait bien croire que derrière ta froideur plus glaçante que glace, tu as un cœur, la railla-t-il, à son grand dam. »  
 

(40)
Du verbe « ramentevoir », ancienne manière de dire « rappeler ».
(41) Le courage
(42) Philippe II de Habsbourg, roi d’Espagne et comte de Barcelone, fils de Charles Quint
(43) Autre forme de Verdana dont Esther porte le titre de princesse. Principauté fictive en Catalogne, dans la campagne environnant Barcelone.

TBC

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MessageSujet: Re: La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)    La Rose Noire de Barcelone (histoire originale)  EmptyJeu 5 Sep 2019 - 11:17

Chapitre XXIII : Traitreuse réapparition















 

Terres de la Princesse de Verdanne, Andalousie, 1579  
 

    Majestueusement assis sur le plus haut et accidenté éperon rocheux, comme irréel de puissance, un vieux palais de style moresque déchirait la fine couverture brumeuse qui s’était abattue sur le pays ordinairement baigné par les rayons de soleil. A sa vue, un cavalier solitaire mit pieds à terre et scruta les horizons, à la recherche d’un lieu ou d’une personne qui lui serait familière.
    Lorsque, de loin, ses yeux se posèrent sur le blason qu’arborait le nouveau venu sur la caparaçon de sa monture, Esther ne sut si un éclat de joie ou d’étonnement passa dans son regard, n’ayant vu ce gentilhomme, il y a des années, dans certaines circonstances qu’elle aurait préférée oublier .
  « Le comte Eric de la Galissonnière, grand sénéchal d’épée héréditaire des Trois sénéchaussées d’Anjou et du pays saumurois ! »
A peine introduit, il s’inclina devant Esther, avec le salut rituel jusque terre du aux plus hauts aristocrates.
  « -Veuillez agréer mes plus respectueux hommages, princesse ou devrais-je dire marquise ?  
Lui cachant son étonnement derrière un fin éventail de cuir noir, qu’elle déploya en un réflexe gracieux, occultant ainsi le bas de son visage, la princesse de Verdanne ne le ménagea pour autant pas dans sa réponse, ayant reconnu en lui le paladin aux armes azures qu’elle croyait depuis longtemps disparu.
  -Vous vous jouez de moi, mon cousin ! Que signifie votre réapparition soudaine en ces lieux, si le comte de Montsoreau ne vous accompagne ?
  -C’est que, hélas, sa présente condition ne l’autorise pas à se présenter devant la cousine du roi très catholique des Espagnes, fut-elle liée à cet illustre souverain de la main gauche. Mais il savait que ceci serait une garantie pour son porteur.
  A ces mots, il lui tendit le gant de fauconnier qu’elle connaissait par trop pour l’avoir elle-même abandonnée à Maximilien de Montsoreau, après la St Barthélémy.  Se raidissant à la vue de l’objet qu’il lui présentait, elle n’ajouta mot.
 « Il vous fait mander par moi, qu’en dehors des vues indiscrètes et des oreilles de la cour dévote des Espagnes, il vous retrouvera dans les lieux de votre choix, ajouta-t-il, d’un ton plus bas pour ne pas se faire entendre du chambellan de Verdanne, qui bien que renvoyé à l’arrivée du Sénéchal angevin, se tenait encore derrière la porte. 
  -ll est bien long depuis que j’ai été cousine de Sa Majesté le roi très Catholique et considérée pour mes Grandesses d’Espagne. Aux yeux des Grands, je ne suis désormais qu’une gitane d’origine marrane ne pouvant paraître à la cour. Et quand bien mon très Illustre cousin condescend à me fournir protection, en dehors de mes terres andalouses, je ne suis rien. Voyez donc qu’en ce qui concerne la présente condition du comte de Montsoreau – quelle qu’elle fut -  peu me chaut qu’elle représente en regard de vos considérations un obstacle. »
  Le silence s’installa bientôt mais s’avançant encore plus en signe de bonne foi, elle ajouta rapidement :
« -S’il est entendu que je ne saurais m’engager officiellement quant au bon vouloir de mon royal cousin, ayez la bonté d’assurer le comte que, si par aventures, il venait à chercher protection et asile sur mes terres, je ne m’y opposerai pas. Toute foi, cette proposition ne vaut que pour lui seul.
  Le Sénéchal s’inclina, derechef, devant sa princière parente.
  -Il en sera fait selon vos désirs, princesse. Mais permettez-moi d’en aller informer votre… le comte, se reprit Éric, laissant percer une once de désapprobation dans ses regards. » 
  Ignorant superbement ses réactions, l’aristocrate mi-andalouse mi-angevine laissa tomber un « faîtes, faîtes … », qui se voulait impatient et irrité mais n’eut pour autre effet que de laissez voir ses sentiments pour Maximilien.
 

  Plaine dans les environs du palais de Verdanne, Andalousie, 1579   
 

   Posant ses mains autour de la taille délicate d’Esther pour l’aider à monter en selle, le comte de Montsoreau s’attarda dans le doux regard de la jeune femme. Montant lui-même sur son destrier, il lui fit piquer un galop dans l’étendu déserte des terres de la princesse, bientôt suivi par la reine de ces lieux enchanteurs. Arrivée à sa hauteur, elle mit sa monture au petit trot pour se caler sur la cadence de Maximilien.
«   -Vous me devez des explications, ce me semble, lâcha le comte. Pourquoi la cousine d’un roi très Catholique s’embarrassera-t-elle d’offrir asile à un gentilhomme acquis à la Réforme ?  
-Servante, Monsieur !
Esther de Sorren laissa volontairement planer encore un peu le mystère quant à ses raisons avant de céder à la demande de Maximilien.
-Vous êtes bien placé pour savoir que ce gentilhomme ne l’est que depuis fraîche date. Et il est des services qu’on ne peut oublier, mon ami. Or, ce même gentilhomme à l’époque où il était encore de l’Eglise catholique, a sauvé une aventurière aristocrate gitane mi-protestante mi-juive des massacres de la St Barthélémy puis des geôles de l’Inquisition, poussé par ses seuls sentiments. Outre que je n’ai rien de l’Altesse ultra-catholique que vous semblez imaginer, mes seuls motifs sont ceux qui furent les vôtres, en ce lointain temps. »
 

*

Hors des limites des terres de la Princesse de Verdanne, Andalousie, 1579

 

  Après quelques heures à cette cadence, ils arrivèrent en vue d’une hacienda, dont la fraîcheur des crépis autrefois blancs avait passée depuis longtemps. Une angoisse sourde, qu’elle tenta de réprimer, s’empara sournoisement de la princesse de Verdanne, comme si ce lieu était de mauvaise augure. Sans un mot, sa main se posa sur la pommeau de sa rapière et y resta crispée. Oreilles tendues, attentives aux moindres bruissements, et regard acéré qui parcourait les environs pour s’assurer qu’ils étaient bien seuls, Esther était prête à dégainer dès que le besoin s’en ferait sentir.
  Un craquement de l’herbe jaunie avait trahi un des hommes cachés, derrière le mur dans l’hacienda et qui n’avait pas retenir l’envie de glisser un pied au dehors pour observer ses proies.  Esther et Maximilien eurent à peine le temps de tirer leur lame au clair, de concert, que trois fantassins ne portant pour toute protection qu'une fine cotte de maille avec un surcot et un homme masqué sur un destrier noir se jetèrent sur eux, rapière aux poings, l’homme masqué se dirigeant vers Esther, tandis que les fantassins s’attaquent au comte de Montsoreau, qui avait sauté à bas de sa monture, dès leur arrivée.
 « -Trois contre un ? Vous me flattez, Messires ! » fanfaronna Maximilien, ayant observé à leur accoutrement que ses adversaires étaient des gentilhommes. Mais nul indice pour dire à qu’ils appartenaient.
  Un mauvais sourire se dessina sur les lèvres de l’un des spadassins, quand il lança un coup de taille vers le visage du comte. En une pirouette, il para le coup, tout en balançant un coup de pied à un deuxième pour l’écarter de son chemin. A quelques mètres de lui, après plusieurs essais infructueux qui lui avait valu de sérieuses blessures, l’homme masqué avait réussi à mettre terre la Gaditane, qui se débattait. Voyant le troisième fantassin arriver dans le dos de Montsoreau pour le poignarder traitreusement, la jeune femme ne pensa pas à l’homme mystérieux qu’elle affrontait et balança avec une précision étonnante sa dague, à la figure du bandit. La lame damasquinée lui laissa une large balafre, l’aveuglant dans son propre sang. Maximilien en profita pour lui plonger sa lame dans le cœur, passant sa lame entre les mailles de fer de la cotte, tandis que son premier adversaire revenait à l’attaque et que son compagnon survivant se déporta pour aller porter aide à l’homme à la noire monture, sur lequel Esther avait fini par reprendre l’ascendant, à force de volonté, quoi que n’ayant plus de monture. Leur échappant pour un instant, la Rose Noire parvint à remonter en selle et fonça sur le fantassin, tandis qu’il balança son fléau d’arme dans sa direction. La boule d’acier à piquants vola à la hauteur de la jeune femme et de sa lame. Se baissant juste à temps, elle lui planta sa rapière dans le bras droit. De douleur, il lâcha son arme, tandis qu’impitoyablement, Esther de Sorren le décapita. Le fléau d’armes finit sa course entre les mains de Maximilien qui le rattrape par le manche en bois de cèdre. Alors qu’il allait l’attaquer à la dague, la lame de son adversaire se prend dans les chaînes du fléau d’armes de Maximilien, qui la brise en tirant brusquant en arrière sur le manche de son arme. Le spadassin lance au loin sa rapière, devenue inutile et sort de sa ceinture un poignard en acier de Tolède. L’arme traitreuse fend d’abord les airs, sans parvenir à atteindre sa cible. Mais, alors, qu’il essaye de la lancer dans la direction d’Esther, le comte de Montsoreau lui inflige de son fléau, tout en lui plongeant son arme dans le bas ventre. Le spadassin, rampe quelques instants, la main sur sa blessure et vient expirer aux pieds de l’homme masqué.
   Maximilian se dirige vers l’homme masqué qui ferraillait toujours avec Esther mais s’arrête, voyant arriver le comte, qui se présente devant, rapière baissée et ayant abandonné le fléau d’armes, à distance. C’est alors seulement que l’inconnu laisse tomber son masque de velours, dévoilant ses traits.
Le comte de Montsoreau défia du regard le nouveau vennu et se réarma, dans la foulée. Avec seulement, la rapière en mains.   
 « -Si après moi que vous en avez, ayez au moins la galanterie de laisser votre femme en dehors de nos affaires, duc. Je suis à vous pour régler définitivement ce que nous avons commencé à Hever.
Subitement, la duchesse de Kensington se sentit mal. Sans doute sous le choc d’une réapparition qui ne pouvait qu’être funeste ou traiteuse, elle s’évanouit aux pieds de son amant.
- En effet, comte. Si vous me permettez cette licence avec les lois, vous me deviez réparation pour une affaire personnelle, à laquelle nous pourront trouver une issue entre gentilhommes et qui peut très bien se passer de témoin, répliqua le noble anglais, impassible et prêt à attaquer Montsoreau dès qu’il ferait le moindre geste dans sa direction. »
TBC 

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merci à Aurore pour le kit
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