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 Révolution Française

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Sudena
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Sam 6 Fév 2016 - 3:32

Toulon est toujours occupé?.. ce n'est qu'en partie vrai. Certes la ville est toujours soulevée mais depuis cinq jours les troupes révolutionnaires y sont entrées et Toulon, livrée à elle-même, est en train de tomber pour de bon (ce qui sera le cas trois jours plus tard)!

Comment cela est-ce arrivé? Comment le général Dugommier a-t-il réussi à vaincre cette dangereuse rébellion et à forcer les anglais de la rade à faire retraite, avouant ainsi leur défaite, dès le 28 frimaire, soit deux mois après leur arrivée sur place...et alors que moins de dix jours avant la victoire leur semblait promise? A cause d'un capitaine d'artillerie. Oui: un simple capitaine d'artillerie, et qui ne paye pas de mine à première vue. Il n'est pas petit, ça non, il est maigre, très maigre, presque cadavérique; ses yeux gris sont profondément enfoncés dans leurs orbites, ses cheveux sont noirs, très raides, et ils lui descendent jusqu'aux épaules. Il est corse mais il a dit adieu à son île car il vient d'y vivre plusieurs mois qu'il n'oubliera jamais: des mois de vexation, de mépris, puis de traque. Voici en quelques mots l'année terrible de ce jeune homme de vingt cinq ans: voici en quelques mots l'année 1793 de Napoléon Bonaparte...


Depuis sa plus tendre enfance, Napoléon n'a qu'un rêve en tête: réaliser le rêve d'indépendance de son idole Pascal Paoli. Il a enduré les vexations de ses camarades de l'école militaire sans jamais trahir son idole et sa patrie en aucune parole (il éprouva une haine réciproque pour son camarade Phélippeaux, qui devait s'exiler dès le début de la Révolution et prendre les armes contre la France révolutionnaire). Pressenti en 1787 pour faire partie de l'expédition de de La Pérouse en raison de ses facultés que ses maîtres pressentaient de futur grand marin, il fut jugé trop jeune et se consacra à l'artillerie et aux mathématiques. Mais toujours le corse sommeillait...et la Révolution vit le retour en grâce sur son île de Pascal Paoli à qui Napoléon s'empressa de proposer son soutient.

Mais le vieux héros ne voyait pas d'un bon oeil de jeune homme et il se montra à son égard d'abord froid, puis condescendant...avant de devenir rapidement méprisant. Les lettres de Napoléon datant de fin 1792-début 1793 sont pourtant extrêmement émouvantes d'admiration et d'enthousiasme, et il est indéniable que son seul souhait est de réaliser de grandes choses pour son maître et pour la Corse: ses propositions sont de grande envergure et il n'attende de son idole qu'un peu de respect qu'il s'efforce de toutes ses forces, de toute son âme, de mériter. Mais Paoli s'agace rapidement et se lasse de ce blanc-bec fils d'un ancien partisan qui a osé se soumettre à la France victorieuse en 1769. Pour Paoli, les Bonaparte sont devenus des "français" et la sympathie politique réelle que montre le jeune Lucien aux idéaux de la Révolution le conforte dans cette idée. De plus, les Bonaparte viennent d'Ajaccio et lui, Paoli, n'a d'estime que pour les gens de SA ville: Bastia.
Paoli refuse l'idée de voir la Corse soumise à Paris: il n'accepte pas la victoire de la Montagne alors que Napoléon, lui, n'est pas insensible à l'idée de centralisation et aux idéaux prônés par les "purs et durs" de la Révolution. Le conflit générationnel éclate à mesure que Napoléon se rend compte que l'homme qu'il a admiré toute son enfance ne le voit que comme un gêneur ou pire: comme un traître. Paoli n'a pas vécu en France comme Napoléon, il n'a pas cette "fraicheur" et cette ouverture d'esprit à la nouveauté: il reste un homme de son âge, de son temps: il ne comprend pas l'idée de République sur le continent et d'ailleurs la France lui est totalement indifférente. Enfermé dans ses certitudes et ses vieilles rivalités claniques, il commet alors un acte impardonnable aux yeux de Napoléon: il ouvre l'île aux anglais.
Dès lors le jeune homme cesse la flatterie, tente de lui parler face à face, mais le vieux héros en a plus que marre et tente de le faire assassiner. Prévenu à temps, Napoléon quitte la Corse comme un paria, emmenant avec lui sa famille et une partie de ses illusions.

Sur le continent il est accueilli par le député Salicetti. L'homme est corse: il comprend ce qu'il ressent et l'amertume qu'il peut nourrir. Il n'y a pas que la terre qui les unit d'ailleurs: Salicetti est Montagnard et Napoléon, s'il reste réservé sur le sujet, n'en cache pas pour autant des idéaux de gauche dont il semble aujourd'hui très tiré par les cheveux de douter de la sincérité. Le député voit aussi une grande intelligence dans le jeune homme maigrelet qu'il a face à lui, et il propose de l'envoyer à Toulon que les anglais et les royalistes tiennent. L'idée est bonne: Dugommier a besoin d'aide et d'initiative chez ses subalternes, et son chef d'artillerie Carteaux manque singulièrement de cette initiative, ainsi que de sens stratégique...
Aussi, dès l'arrivée de Napoléon les choses bougent: placé dans son élément, le jeune homme voit tout de suite ce qu'il faut faire et il sait surtout que dans ce siège l'artillerie doit avoir le premier rôle. Il s'oppose parfois violemment à Carteaux qui ne voit pas d'un bon oeil que ce corse maigrichon puisse prétendre en savoir plus que lui sur le plan stratégique.
Mais Bonaparte a un atout: les décisions reviennent aux représentants de la Convention nommés par le Comité de Salut Public, or ceux-ci font confiance à Dugommier pour la stratégie (c'est le seul soldat vraiment expérimenté et digne de confiance dans l'état-major), et Dugommier a perçu dès qu'il l'a vu le potentiel de ce capitaine ainsi que la pertinence de son plan qui consiste à s'emparer des fortins de l'Eguillette et de Balaguier pour noyer Toulon sous les canons. Mieux encore: la conquête de l'Eguillette placerait sous le feu des français la flotte anglaise, lui interdisant toute tentative d'approche... Une fois Carteaux viré le plan est appliqué. Le manque de décision des chefs de bataillon dans l'action retardent de plusieurs jours la conquête des fortins mais le 24 frimaire c'est chose faite...et la fête des anglais commence... Incapables de faire quoi que ce soit contre cette stratégie, constatant que les royalistes s'épuisent dans des sorties certes indispensables mais sans aucun résultat, ils fuient en coulant au passage les vaisseaux français de la rade: mesquine et peu glorieuse sortie (car l'enjeu stratégique de ce geste est très faible à court terme et inexistant à moyen terme) qui ne donne que plus de plaisir aux républicains qui actent la capitulation de la ville le 7 nivôse an II.

Pour Bonaparte c'est un triomphe le complet: non-seulement il a remporté sa première victoire avec une armée de métier, mais il a symboliquement tué le père en se battant pour cette France révolutionnaire par choix: jamais plus désormais il ne se sentira autre-chose que français...
Mieux encore: Dugommier est un homme intègre et honnête: la pluie de récompenses qu'il reçoit pour avoir pris Toulon ne lui fait pas oublier à qui il doit réellement cette victoire. Et il parle en des termes plus qu'élogieux de ce jeune capitaine Bonaparte aux représentants de la Convention. Parmi eux, un homme lui demande de rencontrer cette petite merveille. Début d'une belle histoire d'amitié sincère et de grand respect réciproque entre Napoléon Bonaparte et ce député de la Convention, à savoir Augustin Robespierre, le frère de l'Incorruptible...



Mais la Révolution bouge beaucoup en cet hiver de l'an II et depuis plus d'un mois deux de ses enfants sont en train de se livrer un duel à mort... Alors que la Terreur montre de plus en plus son efficacité, le sang s'apprête une fois de plus à déborder et à déferler. Mais Marat n'avait-il pas dit il y a longtemps déjà: "Pour épargner quelques têtes coupables, il faudra peut-être un jour faire couler un fleuve de sang..."? Il avait une nouvelle fois vu juste et toi, Révolution, au moment où je vais entamer le récit de ta plus terrible grandeur, autant que la lumière infinie de tes yeux je vois le sang qui coule de tes cheveux et je ne me demande même pas si je t'aimerais autant si tu n'avais pas été si terrible: ta beauté est dans tous tes excès, qu'ils soient de colère ou de générosité... Je t'aime, Révolution! je t'aime dans tous ce que tu es! Et c'est en frissonnant que je m'embarque avec toi sur ta mer la plus déchaînée...

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Sudena
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Mar 17 Mai 2016 - 17:39

Depuis un mois, Danton est sorti de sa retraite bucolique où il s'est marié avec une jeunette...devant un prêtre réfractaire. Or s'il y a quelqu'un qui n'apprécie pas du tout ce retour, c'est bien Hébert. Le Père Duchesne, son journal, a repris le rhétorique ultra-révolutionnaire de Marat mais en utilisant un vocabulaire "sans-culotte", populaire et volontiers ordurier. Les mauvaises récoltes de l'été ont conduit à une politique de rigueur et si le Comité de Salut Public réussit un exploit non-négligeable en refusant la spéculation et en exigeant que le blé soit gardé par des services d'Etat pour être redistribué, cela n'empêche pas l'impatience, impatience dont Hébert profite grassement...
Danton, lui, voit avec inquiétude les prisons pleines et les charrettes de condamnés (qu'Hébert juge à-contrario pas assez nombreuses), mais plus encore il s'inquiète de ces mesures restrictives sur le plan social comme économique. Il le dit à la Convention, avec son éloquence habituelle, et Hébert passe à l'attaque: Le Père Duchesne accuse Danton et ses amis de prêcher purement et simplement l'arrêt de la Révolution pour pouvoir s'enrichir aux dépends du peuple. Il l'attaque également au club des Jacobins et ne fait aucun mystère de ses intention: pour lui Danton doit passer devant le Tribunal Révolutionnaire.
Mais Danton réagit immédiatement: Desmoulins lance un nouveau journal, Le Vieux Cordelier, qui appelle à la clémence et attaque à boulets rouges les positions d'Hébert. Aussi le club des Cordeliers opère un spectaculaire virage à droite: il devient le fief des "Indulgents" (terme donné en opposition aux "Exagérés", partisans d'Hébert).



Robespierre et le Comité de Salut Public restent neutres (malgré les pressions venues des deux côtés). Il est vrai que, dans cette affaire, les deux partis en présence sont assez nauséabonds...

-Hébert tout d'abord est un personnage hautement détestable: derrière son apparence populaire il est un homme très riche, maniéré, à cent lieues du personnage du père Duchesne qu'il prétend incarner. Saint-Just dira de lui qu'il "attaque les banquiers la journée et dîne avec les banquier le soir". Ses position extrémistes sont fortement sujettes à caution non-seulement eu égard à son train de vie mais aussi par ses attitudes passées, plus que louches: on sait qu'il a rendu d'étranges visites au Temple peu après la mort de Capet et on soupçonne un lien secret entre lui et l'Autrichienne (lien politique et/ou financier), lien que son attitude plus qu'agressive durant son procès rend particulièrement crédible... Le problème c'est que son entourage est composé en-revanche d'hommes au-dessus de tout soupçon: révolutionnaires engagés et sincères qui croient réellement aux vertus d'un durciement de la Terreur. Parmi ces gens se trouvent Chaumette ou Jean Bon Saint-André...
-Danton ne vaut pas mieux: ses appels à la clémence n'ont pour unique raison que son intérêt personnel. En-effet, Danton n'est pas fou: il sait bien que la patrie est toujours en danger et que la Terreur, régime qu'il a largement contribué à instaurer, est plus que jamais légitime. Seulement l'activité du Tribunal Révolutionnaire et la loi des suspects commencent à l'inquiéter: marié par un prêtre réfractaire, ancien ami de Mirabeau, aux comptes plus que douteux, il sait qu'il est de plus en plus menacé par les lois de vertu collectivistes qu'il s'est fait un plaisir de piétiner à maintes reprises. Contrairement à Hébert, son entourage est composé par ses amis proches (et non par de braves gens en recherche d'un leader): des fripouilles notoires qui ont autant à craindre que lui du virage pris par la Révolution. Danton, aujourd'hui, a le beau rôle: celui de la seule voix de l'indulgence face à la folie sanguinaire de cette époque. Qu'est-ce que cette façade valait vraiment? je vous laisse en juger avec ces éléments...

Du côté du Gouvernement, Saint-Just a été envoyé dans les armées de l'est avec Philippe Le Bas pendant plus de deux mois et il a redressé certains travers avec des ordres à la fois très sévères et empreints d'un formidable idéal d'équité et de justice. Il a en particulier exigé que les voisins des hommes envoyés combattre labourent leurs champs à leur place sans faire d'histoire: quand quelqu'un se bat pour la patrie, il est normal que la collectivité lui donne un coup de main et permette à sa famille de vivre le plus normalement possible. De plus il a prévenu qu'en cas de manque de discipline ou de forfait, l'enquête se porterait d'abord sur les chefs. Ca marche très bien, d'autant que les soldats volontaires sentent que ces jeunes hommes (Saint-Just a vingt-six ans, Le Bas vingt sept) sont non-seulement sincères mais ne manquent pas de courage physique: ils partagent leurs conditions de vie, veillent tard, répondent aux angoisses légitimes: ils sont "de leur côté" et ça fait du bien à tout le monde. Aussi la situation militaire s'arrange quelque-peu: les positions sont solidifiées et tiennent sans broncher, bien que la menace soit toujours très importante...
Au Comité de Salut Public, Carnot se charge de l'organisation "pratique" des armées: c'est lui qui décide du nombre d'hommes à affecter sur les fronts, des points de ravitaillement et de la politique de guerre globale. Est-ce efficace? me demanderez-vous... Eh bien, il a été surnommé "l'organisateur de la victoire": ça se passe de commentaires. Il est doué, et il le sait... Couthon et Robespierre s'occupent davantage de politique d'ensemble, Billaud et Collot davantage des affaires intérieures, Augustin Robespierre, Saint-Just et Le Bas veillent sur les armées de façon plus "directe" et pratique, etc... Mais tous les membres du Comité décident ensemble des décrets soumis à la Convention: la machine marche bien, très bien même, et si Robespierre est bel et bien le membre le plus respecté et le plus écouté, c'est de façon collégiale que l'exécutif de la Terreur fonctionne...

La querelle entre Danton et Hébert atteint rapidement des sommets de violence: les deux réclament à corps et à cri le destruction pure et simple de l'autre. Les regards de chaque camp sont pointés sur Robespierre, guettant son attitude. Mais l'Incorruptible reste impartial en cet hiver de l'an II: il a mieux à faire... Lui et Saint-Just savent qu'un de leur projets les plus chers est sur le point d'aboutir et ils gardent en conséquence leur intelligence pour empêcher qu'un imprévu ne vienne le faire capoter à la dernière minute: la Terreur s'apprête en-effet à faire son plus merveilleux enfant. Lieu prévu de l'accouchement? la Convention Nationale. La date? le 16 pluviôse en II...

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Hilda
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Lun 9 Avr 2018 - 23:07

Je ne sais pas si j'aurais le courage de tout lire, un jour peut-être. Sinon pour ceux qui ont la flemme de lire, il y a une série de vidéos d'Histony sur youtube, on peut faire autre chose en l'écoutant. Bon, c'est un jeune universitaire de gauche (qui a participé à Nuit Debout si je ne me trompe pas), donc vous pouvez vous douter du ton qu'il adopte. X] C'est assez détaillé, une dizaine de chapitres entre 30 et 50 min. sont prévus au total.


Sinon, le Serment du Jeu de Paume expliqué ici en 30 minutes (je ne sais pas si ça va rester par contre parce que c'est une rediff Arte):

https://youtu.be/_5_p3SrAVBg
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Lady Victoire
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Sam 23 Juin 2018 - 23:14

Ce soir sur Arte, émission sir le mobilier de Versailles. On retrouve bien sûr MA, Jeanne de La Motte, Trianon...

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Sudena
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Dim 24 Juin 2018 - 0:12

Le 16 pluviôse an II est un jour tout à fait ordinaire à la Convention: des députés (aucun de très connu) viennent proposer des lois qu'ils ont débattues petit groupe lesquelles sont votées ou non par l'ensemble des députés après un débat verbal. Bien sûr, en temps normal, les projets du Comité de Salut Public ont priorité mais aujourd'hui l'exécutif n'a rien à faire passer. Ce sont les commissaires civils de Saint Domingue qui vont proposer une loi: ces gens s'appellent Sonthonax et Polverel (le premier, plus connu, participa à la révolution haïtienne mais demeure une figure très controversée, volontiers despotique; le deuxième, ami et partisan de Robespierre, fut arrêté après Thermidor mais mourut de maladie avant la fin de son procès). Leur projet de loi est simple: l'abolition de l'esclavage dans les colonies. Soutenus activement par le Comité de Salut Public en général, par Robespierre et Saint-Just en particulier, cette loi est votée après un court débat, comme allant de soi, et puis on passe à autre-chose...

Vous vous rendez bien compte de ce que cela signifie? L'abolition de l'esclavage allait de soi pour cette Convention: c'est la seule explication logique au fait qu'elle n'ait produit aucun remous particulier, c'est la seule explication logique au fait qu'on l'ait totalement oubliée... Certes, avec l'Angleterre contrôlant les mers, cette loi est très difficile à mettre en pratique, mais c'est une question de principe qui a été résolue et les principes, il n'est jamais inutile de le répéter, sont fondamentaux dans l'esprit des révolutionnaires. Robespierre avait dit il y a longtemps déjà: "Une fois que vous aurez prononcé le mot "esclave" vous aurez prononcé votre propre déshonneur!..". Cette loi, selon moi, ne pouvait être votée que pendant la Terreur: c'est un avis que j'assume et je suis prêt à en discuter...

Mais une fois cette priorité réglée, Robespierre va avoir beaucoup de travail à faire. Car dans le même temps la haine entre Danton et Hébert s'est aggravée, elle n'est pas prête de s'arrêter...et Hébert ne va pas tarder à passer à l'offensive...

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TIGRESSE
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Jeu 12 Juil 2018 - 23:40

Je ne savais pas tout ça

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Sudena
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MessageSujet: Re: Révolution Française   Ven 13 Juil 2018 - 4:34

On est là pour apprendre, non?.. Wink Bon: reste à continuer maintenant...




La situation de Danton en cet hiver de l'an II devient de plus en plus intenable: ses turpitudes lui reviennent comme un boomerang et Hébert utilise ses talents d'orateur pour exciter la colère du peuple, d'autant plus sûr de lui qu'il sait qu'à-priori ses positions se rapprochent davantage de celles de Robespierre que celles de Danton. Le club des Jacobins est devenu sa tribune et, lors d'une séance où Danton est présent, il l'accuse publiquement d'avoir volé les biens publics lorsqu'il était ministre, d'avoir été le complice de Mirabeau et de pactiser avec certains contre-révolutionnaires (des prêtres réfractaires en particulier). Danton, pour la première fois, pâlit: chacune de ces accusations est passible de mort, or il sait mieux que personne que toutes sont justifiées... A ce moment-là, au milieu des invectives populaires qui réclament la tête de l'ancien ministre, Robespierre, lui-aussi présent, intervient: il a enfin fait son choix...


Et patatras! Le choc est à la mesure de la surprise provoquée: Robespierre prend publiquement la défense de Danton et accuse Hébert d'hypocrisie, de tentative de sédition et de déstabilisation de la Révolution, et demande qu'il "ne souffre plus qu'on accuse Danton"!.. Cette position assez courageuse en soi en surprend plus d'un, et elle est loin de faire l'unanimité au sein de l'exécutif: si le Comité de Salut Public est partagé, celui de Sûreté Générale n'est clairement pas d'accord: lui sait parfaitement les griefs qu'il y a contre Danton et ses amis et ses membres essaient de rassembler des preuves suffisantes pour pouvoir les envoyer devant le Tribunal Révolutionnaire, or ces griefs sont quasi-inexistants dans le cas des ultra-révolutionnaires...

Comprendre la position de Robespierre est complexe mais très intéressant, car ses motivations sont diverses. Il y a d'abord l'amitié qu'il voue à Camille Desmoulins, son vieux compagnon de lycée: objectivement c'est indéfendable (comme ne manque pas de lui faire remarquer Saint-Just [qui déteste Desmoulins] dans le privé) mais ça joue dans l'esprit de l'Incorruptible. Ensuite il y a les mascarades anti-religieuses et là les raisons sont autant d'ordre personnel que politique: d'abord sur le plan politique ces mascarades sont un mauvais plan car elles excitent la haine des catholiques déjà hostiles à la Révolution ce qui n'arrange pas les affaires intérieures; ensuite sur le plan personnel: Robespierre n'est pas catholique mais il est profondément croyant: s'il est un adepte de la philosophie de Rousseau, il est le portrait de Voltaire sur le plan religieux. Le troisième point qui le pousse à défendre Danton est la personnalité d'Hébert que nous avons vue plus haut et qui le répugne au plus haut point. S'ajoute à cela une amertume certaine du fait que nombre de révolutionnaires et surtout de sans-culottes se soient ralliés à ce chef populiste  après la mort de Marat: Robespierre voudrait récupérer cette "frange gauche" pour qu'elle soutienne plus activement le Comité de Salut Public. Et enfin il y a toutes les actions d'Hébert qui paralysent le gouvernement et retardent les lois importantes: Hébert lance en-effet plusieurs manifestations de la faim qui obligent le Comité de Salut Public à mettre en place des solutions d'urgence pour que la sécurité des particuliers ne soit pas mise en danger, mais ce faisant les solutions aux problèmes du peuple (qui tiennent l'Incorruptible particulièrement à coeur) sont d'autant plus retardées...


Le problème est que ce faisant Robespierre n'a pas le choix: personne ne comprendrait que le Comité de Salut Public s'en prenne au seul Hébert contre lequel un dossier d'accusation bringuebalant mais défendable intellectuellement a fini par être monté: ses amis doivent chuter avec lui!.. Début germinal c'est donc un coup de filet terrible qui est organisé contre les Exagérés (on dit ce mot au même titre que celui d'"Enragés", aussi les utiliserai-je indifféremment): Hébert mais aussi Chaumette, Jean Bon Saint-André et d'autres passent devant le Tribunal Révolutionnaire. Complètement abasourdi Hébert se défend très mal et l'ambiance au sein du Tribunal est plutôt à l'expression de l'espoir de voir un fou criminel enfin "débarrasser le plancher". Le 3 germinal Hébert est condamné à mort. Lui qui plaidait l'envoi de centaines de milliers de personnes à l'échafaud se montrera la plus lâche victime de la Terreur: hurlant de peur la nuit précédant son exécution, k.o. dans la charrette l'amenant vers sa sentence, il est guillotiné au milieu des manifestations de soulagement. Au moins ses partisans, pauvres victimes innocentes, se montreront, eux, dignes et courageux...


L'exécution des Enragés a probablement été la plus grande erreur politique de Robespierre et elle pèsera sur lui tant dans son esprit que dans celui des patriotes, mais à sa décharge il y avait une stratégie derrière: d'abord montrer que sous la Terreur on ne peut pas demander impunément la tête de milliers d'innocents; ensuite, et c'est le plus important, cette exécution se voulait une tentative de réconciliation de la nation: en condamnant Hébert qui était pour lui le plus factieux de tous il souhaitait apaiser les tensions politico-sociales. Surtout il tendait ce faisant une main à Danton, mais celui-ci n'entendait pas en rester là...

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